Critique du film – Shokuzai

Shokuzai (贖罪 qui signifie littéralement pénitence) est une série japonaise en cinq épisodes, réalisée par Kiyoshi Kurosawa et diffusée à la télévision japonaise (sur la chaîne payante WOWOW), en février 2012. C’est l’histoire de 5 femmes liées par un évènement tragique qui va bouleverser leurs vies.

Adaptée du roman de Kanae Minato, la série a été remontée en un film en deux parties à destination des cinémas occidentaux. L’intrigue est tellement dense (le film dure plus de 4h30) que j’ai choisi de me focaliser sur les personnages pour vous livrer mon avis.

Dans la cour de leur école, quatre jeunes filles sont témoins du meurtre d’Emili, leur camarade de classe. Sous le choc, aucune n’est capable de se souvenir de l’assassin. Asako, la mère d’Emili, qui souhaite absolument retrouver le coupable, convie les quatre enfants chez elle pour les mettre en garde : si elles ne se rappellent pas du visage du tueur, elles devront faire pénitence toute leur vie.

Quinze ans après, que sont-elles devenues ?

Critique du film - Shokuzai : une plongée dans l'univers de Kurosawa

La première partie est centrée sur les personnages de Sae (la femme-enfant) et Maki (la forcenée):

“Celles qui voulaient se souvenir”

Dans ce premier volet (pour moi le plus réussi), les personnages sont marqués par le poids de la culpabilité.

Sae est devenu infirmière mais reste en retrait de la société, sans véritable relations sociales, bloquée dans l’enfance. A cause du traumatisme de son enfance, on la découvre craintive vis à vis des hommes, voir même paranoïaque lorsqu’elle pense qu’elle est suivie dans la rue. Un jour, elle rencontre Takahiro, jeune héritier fortuné qu’elle va accepter dans le cadre d’un mariage arrangé. Elle va goûter au bonheur jusqu’à ce qu’elle découvre la vrai nature de son mari. L’histoire de Sae est caractérisée par un véritable immobilisme. Elle qui était restée dans le gymnase pour veiller sur le corps d’Emili, a refusé de vieillir jusqu’à se transformer en poupée pour son mari. Poussée à bout, elle va faire acte de pénitence.

Critique du film - Shokuzai : une plongée dans l'univers de Kurosawa

Maki est devenu professeur et pratique le kendo. Très autoritaire, elle n’est pas vraiment appréciée de ses élèves jusqu’à ce qu’elle les sauve d’un grand danger. Mais voilà, elle n’a pas accompli cet acte héroïque pour sauver ses élèves, mais plutôt pour elle, pour se prouver quelque chose. A cause du traumatisme de son enfance, elle se rend compte que sa volonté de protéger les autres bascule dans la violence. L’histoire de Maki est sans aucun doute la plus touchante car elle est celle qui est la plus évidente à relier à l’assassinat d’Emili. En effet, on relie immédiatement le comportement de la jeune femme au traumatisme du passé et a sa volonté de faire acte de pénitence.

Critique du film - Shokuzai : une plongée dans l'univers de Kurosawa

Ces deux histoires sont une critique acerbe de la société japonaise contemporaine. Dans la première histoire, Kurosawa dénonce la mainmise de l’homme sur le couple et l’instrumentalisation de la femme à l’intérieur du foyer. Le réalisateur souligne aussi la stagnation de l’enfance chez les deux personnages, l’homme qui souhaite dormir avec la vision de sa poupée et la fille mentalement bloquée dans son corps d’enfant, s’interdisant la fertilité.

Dans la deuxième histoire, c’est la rigueur du cadre scolaire japonais et l’importance des valeurs d’ordre et de dignité qui sont mis en avant. Les japonais sont en effet très, voir trop exigeant avec eux même et placent souvent l’honneur au centre de toutes leurs actions.

La deuxième partie du film est centrée sur Akiko (la “Femme Ours”) et Yuka (la fleuriste manipulatrice) :

“Celles qui voulaient oublier”

Dans ce deuxième volet, les personnages sont marqués par la volonté d’oublier, malgré le traumatisme.

Akiko vit repliée sur elle-même, elle cache son identité et sa féminité sous d’amples vêtements. La volonté d’oublier va la pousser à commettre l’irréparable. Akiko a profité d’un nouveau drame pour définitivement oublier Emili.

Critique du film - Shokuzai : une plongée dans l'univers de Kurosawa

Yuka n’éprouve aucun désir de culpabilité. C’est inconsciemment que la mort d’Emili a eu des conséquences. Elle a développé une attirance pour les policiers, symboles de l’autorité qui l’ont rassuré après l’accident. A la différence des trois autres filles, c’est la seule à s’être réconciliée avec elle-même et à poursuivre ses propres intérêts. De ce fait, elle a la lucidité nécessaire pour fournir des précieuses informations sur l’assassin à la mère d’Emili, Asako.

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Asako est le personnage central du film. Elle est subtilement présente dans chaque chapitre, comme la figure d’un fantôme qui viendrait rappeler le passé et intervient en fin de chaque chapitre en tant que juge du résultat de l’action des jeunes filles dans leur quête de l’assassin d’Emili. En ce sens, c’est est un personnage fascinant car en constante évolution. En menaçant les quatre fillettes, elle se condamne elle même à la même pénitence sans le savoir. C’est en affrontant les fantômes de son passé qu’elle sera capable de résoudre le meurtre.

Critique du film - Shokuzai : une plongée dans l'univers de Kurosawa

N’y allons pas par quatre chemins, Shokuzai est une œuvre de référence, une claque dans le monde des séries télévisées et autres drama (souvent répétitifs et de mauvaise qualité) ! 

Le génie de Kiyoshi Kurosawa est de mettre en avant la manière dont chacune vit ce drame et aux conséquences qu’il va avoir sur leur futur en s’intéressant à chaque personnalité. Malgré sa durée et sa construction par segments, le film ne donne jamais l’impression d’être répétitif. Il livre également une réflexion profonde sur le déterminisme, qui est une figure récurrente de ses films.

L’interprétation des actrices est excellente, en particulier Kyōko Koizumi (qui joue le rôle d’Asako) dont la souffrance et la soif de vengeance sont portées à l’image par une froideur magistrale.

“Un autre point fort du film, c’est sa réalisation”

Kurosawa nous prouve qu’il est un maitre lorsqu’il s’agit de nous plonger dans une ambiance oppressante et prenante. Les plans longs sur les personnages donnent aux épisodes un rythme contemplatif. Le jeu des couleurs et la lumière sont également parfaitement maitrisés. Les personnages principaux ont la plupart du temps une pâleur exagérée, comme si l’on nous suggérait que si leur corps est bien vivant, leur cœur ne l’est plus.

Critique du film - Shokuzai : une plongée dans l'univers de Kurosawa

Le travail sur les décors où évolue chacune de ses filles contribuent à les incarner ou à révéler quelque chose d’elles. La musique vient ajouter la note finale à cette atmosphère unique.

3 raisons de voir le film :

+ Un scénario bien ficelé, adapté d’un roman

+ Une ambiance oppressante et prenante

+ Une réflexion profonde du réalisateur sur le déterminisme

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La bande annonce :

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