Au cinéma – La Pagode à Paris

Aujourd’hui, aller au cinéma me manque énormément. Alors, j’ai imaginé cette série d’articles où je souhaite mettre en avant les salles de cinémas. A ma modeste place, remettre un peu de lumière dans les salles obscures, en apparence.

En réalité, elles nous permettent de nous ouvrir au monde, d’expérimenter l’imaginaire. Ces espaces on l’on entre individuellement mais qui apportent d’extraordinaires émotions collectives. Le salles de cinéma sont irremplaçables !

Le principe de mon article est simple. Il s’agit de vous présenter des salles de cinémas existantes ou qui ont existées.

Lorsque j’ai aimé un film, je me souviens toujours du lieu où je l’ai vu. Le cinéma c’est autant le film que l’endroit où je vais le découvrir qui m’intéresse. L’un ne va pas sans l’autre.

Les salles de cinéma sont des écrins d’émotions et d’évasion qui sont indispensables au patrimoine culturel français. Les cinémas sont chargés d’histoire, ce sont des trésors d’architecture sui s’accordent avec des adresses mythiques dont la seule évocation suffit à porter notre imaginaire. Pour les chanceux et souvent courageux propriétaires, c’est un défi mais aussi l’héritage d’une volonté de partager la magie du cinéma au plus grand nombre. Diriger un cinéma « historique » donne encore plus envie de se battre pour sa promotion dans le contexte actuel.

Ce sont toutes ces salles de cinéma que je souhaite valoriser ou rendre hommage dans cette série d’articles.

Dans ce premier article, c’est le cinéma « La Pagode » dans le 7ᵉ arrondissement de Paris que je mets en avant. Un lieu hors du temps qui offre un contraste architectural extraordinaire au cœur de Paris. Un lieu mythique en lien avec le cinéma et le Japon.

1) Son histoire

La salle des fêtes à sa construction

La Pagode est riche d’histoire. Elle débute en 1896, du désir d’un notable, François-Émile Morin qui est un des 3 directeurs du Bon Marché. Il est l’un des légataires d’Aristide Boucicautc (le fondateur du Bon marché). François-Emile décide de construire ce lieu dans le prolongement de son hôtel particulier, pour son épouse dont il est éperdument amoureux, Amélie Suzanne KELSEN. Au départ, La pagode n’a donc rien à voir avec le cinéma.

Au milieu des immeubles en pierre de taille, La pagode acquiert sa légitimité et devient rapidement l’emblème du japonisme en France à la fin du XIXe siècle. Le japonisme (qui a célébré ses 100 ans en 2018) désigne un mouvement artistique conduit par l’influence de la civilisation et de l’art japonais sur les artistes et écrivains, premièrement français, puis occidentaux.

Pendant plusieurs décennies, elle devient un lieu privilégié de somptueuses soirées mondaines. La salle des fêtes est le parfait écrin pour faire la fierté de son riche propriétaire et faire la démonstration de son succès. Malheureusement pas pour longtemps. Le 13 juillet 1899, le couple divorce. Ironie du sort, Amélie quitte François-Emile pour le fils de l’un de ses associés et ami.

Pendant que les fêtes continuent d’animer la Pagode, son avenir est en question. L’ambassade de Chine envisage de racheter l’édifice, mais se retire finalement. La raison serait la présence de peintures sur les murs qui représentaient la guerre sino-japonaise (1937 à 1945). Une guerre marquée par l’invasion de la partie orientale de la Chine par l’Armée impériale japonaise.

La Pagode en 1930

C’est en 1931 que la salle des fêtes de La pagode est transformée en cinéma. Elle est fermée pendant la guerre jusqu’en 1944 puis devient un lieu central de la culture à Paris. Un deuxième « âge d’or » s’ouvre pour elle. C’est à nouveau un lieu incontournable à Paris et surtout un rendez-vous des cinéphiles. C’est là que seront projetés les premiers films d’Epstein, de Jean Renoir et Luis Buñuel.

Dans les années 1960, elle accueille la Nouvelle Vague du cinéma français en programmant François Truffaut, Éric Rohmer, Jacques Rozier.

En 1972, elle est repensée par Louis Malle et une deuxième salle de cinéma « art et essai » est construite en sous-sol. La façade est rénovée et un salon de thé fait son apparition dans le jardin. Ces travaux ont été effectués par les architectes Luce Eekman et François Debulois en 1973.

Cinéma La Pagode à Paris 7e Arrondissement - PA00088680 - MonumentumLa pagode en 1977

En 1985, La famille Gibault-Plassard vend la Pagode à Élisabeth Dauchy (PDG de la Compagnie Rembrandt Investissement). L’exploitation de la salle est confiée à David Henochsberg, dirigeant de la société Étoile Cinémas.

Une période compliquée commence entre projets de restraution (qui seront abandonnés), de démolition (pour en faire un parking, un Macdo…) et un long procès opposant la propriétaire et l’exploitant. Pendant ce temps, La pagode perd de sa suberbe et devient de plus en plus vétuste.

Pour cette raison, le cinéma est fermé par le préfet en 1997 et rouvre en 2000 avec la projection de « In the mood for love de Wong Kar-wa ». Mais au fil des années 2000, La Pagode et ses 10 salariés seront abandonnés. En novembre 2015, elle est fermée au public et mise en vente. Mais elle ne tombera jamais dans l’oubli !

Le cinéma - La Pagode à ParisLa pagode avant sa fermeture

Ce lieu exceptionnel (avant sa fermeture au public) conserve tout son pouvoir d’attraction et de fascination. En résonance avec le jardin Albert khan. La Pagode reste pour moi l’un des endroits les plus insolites de Paris, un lieu classé monument historique.

Le 23 février 2016, la vente aux enchères du matériel de projection et du mobilier de la salle de cinéma a permis de récolter près de 90 000 euros.

En 2017, elle est rachetée par le promoteur immobilier et producteur de films américain Charles S. Cohen. Déjà propriétaire des cinémas Landmark aux États-Unis et Curzon en Grande-Bretagne. Il a promis sa restauration avec deux nouvelles salles de cinéma. La bonne nouvelle c’est que la « nouvelle » Pagode devrait se dévoiler fin 2022. Une nouvelle page de l’histoire de la Pagode s’ouvre maintenant.

Le cinéma - La Pagode à ParisL’avenir de la pagode ?

2) Son architecture et ses salles de cinéma

Le cinéma - La Pagode à Paris

Lorsqu’on approche de la Pagode, c’est l’impression de voyager en Asie qui domine. Lorsque l’on rentre dans l’édifice,  c’est l’impression de faire un saut dans l’histoire.

En 1896, elle est l’œuvre de l’architecte français Alexandre Marcel. La construction va durer presque deux ans.

Une légende veut que la pagode a été expédiée à Paris en provenance du Japon et en pièces détachées. On dit aussi que Monsieur Marcel s’est largement inspiré du sanctuaire Tôshôgu de Nikko pour « penser » La Pagode.

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Le Tôshôgu à Nikko

La réalité, c’est que La Pagode est un subtil mélange d’art Européen et d’exotisme Oriental. Sa structure est classique des constructions européenne de la fin du 19° siècle. Mais son habillage est indissociable de celui de l’extrême-orient.

Hormis quelques éléments en bois, qui pourraient avoir été rapportés du Japon, la majeure partie du éléments du décor furent conçue et fabriquée par des artisans français.

En références à la culture japonaise, comme autant des trésors culturels que des invitations à l’imaginaire. Voici quelqus illustrations.

– Les vitraux reflètent une iconographie tirée des estampes japonaises mushae (genre martial). Le vitrail d’angle de la rotonde illustre le combat entre deux samouraïs à cheval immergés dans l’eau, l’un armé d’un arc, l’autre d’un sabre.

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Le grand vitrail

-Dans la salle des fêtes, les fresques du plafond sont inspirées par les estampes ukiyoe, procédé artisanal permettant de d’imprimer les estampes faites à partir de gravures sur bois. Ces fresques représentent des scènes guerrières illustrant le conflit sino-japonais mais aussi de combats entre samouraïs, et quelques divinités tels Fujin et Raijin provoquant la tempête.

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Le plafond de la grande salle

-Le jardin (plutôt une cour jardin) est habitée par un majestueux hêtre pleureur, un robuste marronnier et Ginko protecteur, son salon de thé était un lieu calme et romantique, niché au cœur d’une forêt de bambous.

Le cinéma - La Pagode à Paris

Le petit jardin

Malheureusement, aujourd’hui, tous ces arbres ont disparus. Il ne reste plus rien de l’énorme Ginko, ni du marronnier ni du hêtre pleureur qui participait à sa splendeur. J’avoue ne pas comprendre les motifs de ce massacre. Comme s’il fallait obligatoirement tout détruire pour re-construire…

La capacité des deux salles de cinémas :

Salle japonaise : 212 places
Salle 2 :  175 places

En 2022, l’ambition est de créer 4 salles de cinéma (dont deux en sous sol) et de porter la capacité de spectateurs à 451 fauteuils. Le programme architectural a été confié à Françoise Raynaud (à quoi l’on doit la transformation) du cinéma Les Fauvettes à Paris (13e) et à l’architecte en chef des monuments historiques Pierre-Antoine Gatier.

 

3) C’est quoi une pagode ?

Le mot pagode est lié au divin. C’est un lieu de culte pour les adeptes du bouddhisme propice à l’Éveil.  Elle se distingue des temples qui visent à protéger.

Une pagode peut prendre plusieurs formes. L’aspect d’une tour de plusieurs étages, circulaire, octogonale ou carrée, caractérisée par un toit évasé ou en épi.

L’origine de la pagode, c’est le stûpa indien, une sépulture où les reliques sacrées pouvaient être protégées et vénérées. La pagode s’est ensuite propagée avec le bouddhisme à partir du 2ᵉ siècle en Chine, puis en Corée et au Japon vers le 7ᵉ siècle.

Au Japon, la pagode (appelée tō 塔) est construite en bois et accompagnée d’un shinbashira (心柱). Sa spécificité architectural est une épaisse colonne centrale qui assure sa stabilité, en particulier face aux séismes. Vous connaissez surement le Sensō-ji, dans le quartier d’Asakusa à Tokyo.

De nos jours, on peut admirer des pagodes dans le monde entier.

À Paris, « La Pagode » à laquelle je consacre cet article n’a pas le monopole de l’exotisme. Il existe d’autres pagodes. Comme autant de lieux insolites que je conseille de découvrir.

-La Pagode de Monsieur Loo dans le 8ᵉ arrondissement (48 rue de Courcelles). À l’origine, il s’agissait d’un hôtel particulier construit en 1880 qui fut racheté au début du XXᵉ siècle par un marchand d’art Ching Tsai Loo. Il décide de faire transformer le bâtiment en une pagode chinoise. L’architecte Fernand Bloch relève le défi de transformer l’hôtel particulier parisien qui devient une pagode en 1926.

-La Pagode de Vincennes dans le bois de Vincennes issue de la transformation du pavillon du Cameroun en 1997. Elle accueille aujourd’hui l’Institut International Bouddhique et Union Bouddhiste de France.

-À Evry-Courcouronne, la pagode Khánh Anh est une pagode bouddhiste vietnamienne,  au sein du plus vaste temple bouddhiste d’Europe (de 3 300 m2).

4) Accès à « la Pagode »

Elle est située au centre du 7ᵉ arrondissement, non loin du très chic « bon marché ». Plus précisément à l’angle de la rue de Babylone et de la rue Monsieur.

Métro: Ligne 13 (Station : Saint-François-Xavier)

Bus : 86 (Station : Saint-François-Xavier)

Plan :

https://japoncinema.com/les-films-japonais-a-voir-au-cinema-en-2021

https://www.youtube.com/channel/UCeLmCGO5ksnjMM5MLrhCEDw

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