C’est l’un des réalisateurs japonais les plus connus et reconnu actuellement en France. Hirokazu Kore-Eda est aussi l’un des premiers que j’ai découvert au tout début des années 2000 et qui m’a initié au cinéma japonais et intéressé car il montre un autre visage du Japon. Un réalisateur que vous devez connaitre si vous vous intéressez de près ou de loin au cinéma japonais
Il faut dire qu’on a la chance en France que chacun de ses nouveaux films sont distribués au cinéma (ce n’est pas le cas pour tous les réalisateurs japonais). Pour cet article, je vous propose de retracer tout sa filmographie, 15 films entre 1995 et 2022. Pour cet article, j’inaugure une nouvelle présentation, sous forme de « time line ». Voici la liste de tous les films Hirokazu KORE-EDA.
Hirokazu, qui es tu ?
Elève de la prestigieuse université Waseda, Hirokazu étudie la littérature et l’écriture de scénarios, sous la direction du professeur Iwamoto Kenji, avec lequel il passe sa thèse consacrée à l’écriture de scénario.
Ses études terminées, au début des années 90, il rejoint à la compagnie TV Man Union pour laquelle il réalise des documentaires.
Dans August without him (1994), il filme Hirata Yukata, le premier Japonais à reconnaître publiquement qu’il a contracté le VIH par une relation homosexuelle. Ce documentaire est une prise de conscience bouleversante.
Kore-eda se lance ensuite dans une carrière de longs métrages mais sans abandonner son style « documentaire » qu’il affectionne par dessus tout.
Ses longs métrages marquent l’intérêt de Kore-eda pour la question de la responsabilité sociale et nationale. Il révèle les problèmes de la société japonaise qui trouvent un écho de plus en plus fort eu Europe (Allemagne, France) et au Canada. Ses films sont présentés dans de nombreux festivals, à Toronto (neuf de ses films), et à Cannes (sept de ses films sélectionnés en Sélection Officielle ou Un certain regard).
En 2018, il remporte la Palme d’or pour le film « Une affaire de famille ». Une consécration artistique mais pas seulement. Son film et cette récompense ont suscités une polémique au Japon, en raison de sa critique de la politique économique et sociale.
Le Style Kore Eda, c'est quoi ?
Sans détour, Kore Eda a style singulier, qui peut paraitre anodin mais qui plus intéressant et surprenant qu’il n’y parait. Car derrière une mise en scène épurée, se cache des héros du quotidien, sans autres supers pouvoirs que leurs rêves et leur volonté. La signature Kore Eda, c’est ce subtil mélange de documentaire et de fiction. Elle se base le plus souvent sur un rapport au temps, un déchirure du passé qu’il faut combler.
Ses personnages explorent les vagues du passé pour ne pas se laisser submerger par une société écrasante, tantôt aveugle, tantôt muette, incapable de répondre aux besoins des japonais(e)s.
« Comment est-ce que ma vie a tourné comme cela ? » s’interroge la femme dans Après la tempête (2016). C’est pour éviter d’autres tempêtes, d’autres drames, d’autres abandons et d’autres injustices que Kore Eda fait du cinéma.
C’est aussi pour réconcilier les générations. Comme chez Truffaut, le thème de la filiation est central. Il s’adapte parfaitement à notre époque tout en restant ancré dans les traditions japonaises. Par l’importance de l’enfance ses symboles et ses souvenirs, Kore Eda nous prouve à chaque film qu’il reste une part d’humanité en chacun de nous, que tout n’est pas perdu. Et qu’il faut se nourrir des choses simples.
Il a l’art de dévoiler des histoires qui balancent entre gravité et délicatesse. Celles de l’équilibre qui se construit entre l’enfance et l’âge adulte, des rêves qui sont devancés par la réalité, de l’espoir d’une rencontre à la perte d’un être cher. Kore-Eda révèle la beauté éphémère de l’instant. Il regarde la réalité de la vie quotidienne au Japon en face. Il faut se rendre compte des défis relève. Filmer l’enfance, ce n’est pas facile. En adoptant leurs points de vue dans Nobody Knows, en laissant de la place à l’improvisions des jeunes acteurs il révèle leur sincérité.
Sa réalisation est singulière, elle hérité du « documentaire ». Ses films portent ce message empreint de force et de sensibilité sur la famille, la filiation à travers le prisme du travail, des inégalités, des contrastes et des paradoxes de la société japonaise. Dans sa manière de filmer, j’aime aussi cette dimension plus contemplative qui me touche particulièrement. Son engagement de toujours, il est pour le cinéma d’auteur. C’est à ce titre qu’il mène des combats contre le harcèlement et l’exclusion sociale, pour plus d’humanité dans le quotidien. Pour ces travailleurs de l’ombre qu’il défend et révèle à travers l’écran du cinéma. Il ouvre une porte vers plus de responsabilité sociale et sociétale, notamment vers plus d’égalité entre les femmes et les hommes dans le travail et la société japonaise.
Kore-eda et d’autres réalisateurs japonais ont appelé en 2022 à la création d’un équivalent local du Centre national du cinéma (CNC) en France pour améliorer le financement de la création audiovisuelle et les conditions de travail.
Pour conclure, je pense que le style Kore Eda, c’est un cinéma qui interpelle. Car il fait réfléchir, tisse un lien entre les gens et nous atteint en plein cœur. Il a déclaré dans une interview : « Au cours des 15 dernières années, j’ai perdu mon père, j’ai perdu ma mère et j’ai une fille. Je suis devenu père. J’ai donc réalisé qu’il existe toujours un « entre deux ». Un lien se crée lorsqu’il manque quelque chose, alors nous essayons toujours de prendre le relais. De l’ancienne génération à la génération nouvelle ».
Nul doute que son dernier film « les bonnes étoiles » (qui sortira au cinéma le 7 décembre 2022) ne dérogera pas à cette règle d’or.