Quel personnage pour réunir dans un même documentaire les témoignages de Hirokazu Kore-eda, Guillermo del Toro, Hideaki Anno et Hideo Kojima ?
Un personnage légendaire du haut de ses 60 ans, Ultraman. Un anniversaire qui appelle à la célébration et nous invite à la réflexion. À l’occasion des soixante ans de la franchise, Tsuburaya Productions a commandé un documentaire d’envergure intitulé THE ORIGIN OF ULTRAMAN, dont la sortie en salles japonaises est prévue pour le 3 juillet 2026, quelques jours avant la date anniversaire de la diffusion du tout premier épisode, en juillet 1966.
Retour aux sources du tokusatsu

Tout commence avec un homme : Eiji Tsuburaya. Réalisateur de génie, pionnier des effets spéciaux au Japon, il est à l’origine de cette série qui allait révolutionner la télévision nippone et inventer un genre à part entière, le tokusatsu. Le documentaire replace ce créateur au centre du récit, en s’appuyant sur des images d’archives exceptionnelles issues du tournage de la série originale, où l’on voit Tsuburaya lui-même aux commandes de son équipe. Un témoignage visuel précieux, qui rappelle que derrière le héros géant se cachait avant tout un artisan du cinéma d’une exigence rare.
Des membres du casting originel prennent également la parole, Susumu Kurobe, Hiroko Sakurai, Sandayū Dokumamushi, tout comme le designer Tōru « Tohl » Narita, à qui l’on doit l’iconique silhouette argentée d’Ultraman. Ces voix venues du passé constituent l’ossature mémorielle du film, son ancrage dans l’histoire concrète d’une production qui, en 1966, n’imaginait sans doute pas l’ampleur de ce qu’elle était en train de créer.
Une constellation de créateurs

Mais THE ORIGIN OF ULTRAMAN ne se contente pas de regarder en arrière. Il convoque aussi le présent, en réunissant un plateau de témoins aussi inattendu qu’impressionnant. Hirokazu Kore-eda, figure tutélaire du cinéma japonais contemporain, est à l’initiative du projet. À ses côtés, on retrouve Hideaki Anno dont l’œuvre entière semble avoir été hantée par les géants ainsi que le réalisateur Shinji Higuchi, complice de longue date dans l’univers des kaijū.
L’horizon s’élargit ensuite à l’international : Guillermo del Toro, dont l’amour des monstres n’est un secret pour personne depuis Pacific Rim, apporte sa voix enthousiaste à ce portrait collectif. Nicolas Winding Refn, moins attendu dans cet univers, complète un tableau qui dit beaucoup sur la portée transnationale de la franchise. Et puis il y a Hideo Kojima, créateur de Metal Gear et Death Stranding dont la présence rappelle qu’Ultraman a irrigué bien au-delà du seul cinéma.
« Qui es tu Ultraman ? »

Au fond, c’est cette interrogation simple et vertigineuse qui structure le documentaire : qu’est-ce qu’Ultraman ? Pas seulement en termes de récit ou de personnage, mais en termes de sens culturel, philosophique, intime. Pourquoi ce héros né dans le Japon de l’après-guerre continue-t-il de résonner avec une telle force, six décennies plus tard, chez des artistes formés sur trois continents différents ? La réponse, évidemment, n’est pas unique. Elle se construit au fil des témoignages, des fragments d’archives, des aveux personnels et c’est précisément ce qui rend le projet aussi prometteur.
Réalisé par Yu Nakamura et Kazuki Yoshida, le film ne cherche pas à être une simple hagiographie. Il ambitionne de déconstruire la mythologie Ultraman, d’en exposer les rouages techniques, les innovations du tokusatsu, les trucages artisanaux qui faisaient jadis trembler les téléspectateurs autant que les fondements idéologiques qui ont permis à un géant argenté venu de la Nébuleuse M78 de traverser les générations sans vieillir.
Un documentaire, un événement au Japon

En France, où la culture tokusatsu reste encore trop souvent cantonnée aux cercles de passionnés, THE ORIGIN OF ULTRAMAN pourrait bien faire office de révélateur. La seule présence de Kore-eda suffit à légitimer le film aux yeux des cinéphiles les plus réticents. Mais c’est surtout la question posée en creux par le documentaire qui mérite attention : comment une série de genre, produite avec les moyens du bord dans le Japon des années 1960, a-t-elle pu engendrer une mythologie aussi durable et aussi universelle ? La réponse est au cinéma à partir du 3 juillet 2026 au Japon. Et j’espère bientôt en France.
La bande-annonce du documentaire :