Critique du film – Perfect blue

“Perfect Blue” est un film d’animation de Satoshi Kon, sorti en 1999 en France.

De quoi parle le film ? :

Mima est jeune chanteuse qui décide de quitter son groupe (et son statut de star) pour se consacrer a une carrière de comédienne. Elle accepte un rôle dans une série télévisée. Cependant son départ du monde de la J-pop provoque la colère de certains de ses fans. Des évènements inquiétants surviennent progressivement.

“Une thriller haletant”

Critique du film - Perfect blue

La plus grande qualité du film est son scénario. Il est construit comme un film à suspense ou chaque meurtre constitue un pièce du puzzle. Le spectateur est transporté par les visions et les doutes de Mima. La tension est palpable à chaque instant et monte en puissance jusqu’à la révélation finale.

S. Kon sait exactement où il veut amener le spectateur et c’est vraiment réussi. Pas facile pourtant de porter à l’écran une tel perception déformée de la réalité, un plongeons progressif dans la folie. C’est ce que fait la force du film et captive le spectateur, au fur et à mesure que Mima s’enfonce dans sa paranoïa destructrice.

Preuve du caractère innovant du scénario, le parallèle le film “Black swan” de Darren Aronofsky sorti en 2011 parait assez évident. Je fais donc partie de ceux qui soutiennent que le réalisateur Américain s’est inspiré de Perfect blue pour son film. Preuve supplémentaire, il avait déjà reproduit la scène ou l’on voit Mima prostrée dans sa baignoire dans le film “Requiem for a Dream”.

Point négatif, l’animation et le dessin, qui manquent d’expressions. La représentation des chanteuses est assez fidèle mais le trait est grossier et manque de détails. On est loin (même pour la version blu ray sorti en 2017) de ce qui se fait aujourd’hui dans des films comme “your name”.

Néanmoins, il faut relever que ce défaut est compensé par la mise en scène, qui fait preuve d’assez d’ingéniosité et de bonnes idées pour captiver et surprendre le spectateur. Sur ce point, la frontière entre le cinéma d’animation et le cinéma live n’a jamais été aussi mince. Je pense en particulier aux apparitions de la fausse Mima, à la course poursuite dans Tokyo et aux effets de miroir. Les plans récurrents, par exemple sur les poissons dans l’appartement sont également très réussis.

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L’histoire n’est pas linéaire. La multiplication des cut scènes et des allers retour dans l’esprit de Mima peut déstabilisér mais elles ne nuisent pas à la compréhension et la cohérence globale du film.

Autre point positif, la musique, portée par le thème principal “Ai no Tenshi” qui revient de manière récurrente. Je ne suis pas un fan de j-pop mais je trouve que ce morceau est réussi. En plus d’être entraînant, il colle parfaitement à l’esprit du film et à la représentation du groupe Cham.

“Une critique du star système au Japon”

Critique du film - Perfect blue

Ultra populaire, la musique J-pop fait partie (malgré de nombreux détracteurs) de l’industrie culturelle du Japon. Utilisée dans les films, publicités et jeux-vidéos, elle se caractérise par un rythme rapide et entrainant et par le style sophistiqué et souvent enfantin de ses interprètes.

Le choix de la jeune Mima, “star de la J-pop” d’arrêter sa carrière de chanteuse est au centre de ce film. Comment une icône peut se défaire de son image ? Quelles sont les conséquences de la popularité ? Est-on encore libre de faire ses propres choix ?

Ce sont des questions de fond que pose S. Kon dans ce film. Il n’hésite pas à dénoncer le star système au Japon, qu’il considère comme trop centré sur l’apparence et pas assez sur les qualités artistiques. Ce qui est incroyable c’est que le film est sorti il y a 20 ans au Japon et que le réalisateur avait anticipé les risques de la sur-médiatisation des artistes. Il critique avec anticipation cette industrie aujourd’hui bien rodée qui peut lessiver les personnalités dans le but de faire de l’argent.

Il met aussi en garde contre les dérives de certains fans qui s’intéressent de trop près à la vie privée des artistes. Le mystérieux traqueur va même jusqu’à créer un site internet ou il répertorie le quotidien de la jeune fille. Ce coté obscur de l’industrie musicale est marginal mais représente un risque aujourd’hui avec la surexposition médiatique des réseaux sociaux.

Critique du film - Perfect blue

La majorité des contrats prévoyait ainsi l’interdiction pour une chanteuse d’être en couple. Une instrumentalisation qui poussent parfois ces jeunes artistes à aller très loin. Par exemple en 2013, l’une des membres du célèbre groupe AKB48 s’était rasé le crâne pour s’excuser pour avoir entretenu une relation et garder sa place dans le groupe. Un véritable paradoxe pour cette société qui impose aux chanteuses de représenter l’innocence et la pureté tout en les vendant comme des sex symbol. Aujourd’hui, ce système évolue pourtant dans le bon sens. Cette année, malgré la clause de célibat contenu dans son contrat, et le recours formé par sa société de production, une jeune chanteuse a obtenu gain de cause.

Conclusion : Intelligent, parfois violent mais surtout captivant, ce thriller psychologique mérite le détour et ne vous laissera pas indifférent. Inclassable, c’est aussi un film qui dénonce les dérives du star système au Japon.

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