Critique du film – Jésus

“Jésus” est un film réalisé par Hiroshi Okuyama qui sort au cinéma en France le 25 décembre 2019.

Il a remporté le prix du Nouveau réalisateur Kutxabank au 66ème Festival de San Sebastian.

L’histoire : Yura quitte Tokyo avec ses parents pour aller vivre à la campagne auprès de sa grand-mère. Il est scolarisé dans une école catholique et doit s’adapter à un nouvel environnement. Un jour, au milieu d’une prière, Jésus apparaît. Dès lors, ses souhaits se réalisent.

I- Une magnifique histoire d’amitié

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Lorsque Yura arrive dans sa nouvelle école, tout est inconnu. De nature timide, il va devoir trouver des repères, dépasser ses craintes pour s’intégrer.

Le film nous livre une double lecture. D’une part, il se place du point de vue de l’enfant, sa réalité et son quotidien. On voit la récurrence de certaines scènes dans la classe, à la messe. D’autre part, il nous interroge sur la manière d’appréhender la religion, le spirituel. C’est l’apparition d’un Jésus miniature (que seul Yura peut voir) qui va faire le lien entre le réel et le spirituel. Et surtout lui permettre de réaliser tous ses voeux. A moins que ce ne soit la force de sa volonté qui pousse à l’accomplissement de ses désirs.

C’est tout l’intérêt du film, cette infime frontière entre le rationnel et l’irrationnel, le réel et le spirituel. La religion joue un rôle central dans l’école, la famille. Elle est très présente et semble être naturelle. Elle s’impose presque au jeune garçon et on ne lui donne que peu d’explication. Mais lui, de son point de vue, est d’abord en quête de sens. La signification du message sur l’image que le prêtre lui donne. Il demande à Jésus de prouver son existence en exhaussant ses voeux. Il va progressivement être convaincu de ces bienfaits notamment apèrs la rencontre de celui qui devient son meilleur ami Kasuma.

L’accident de Kasuma marque une rupture. A travers cet évènement tragique, c’est toute sa relation au sacré qui est remise en cause. Comment expliquer l’inexplicable

Ce que j’ai aimé dans cette forme de narration, c’est sa subtilité. C’est comme si Yura prenait la main du spectateur et le conviait à se poser les questions que lui-même se pose sans d’ailleurs toujours y répondre. JÉSUS ne cherche pas à délivrer de message précis, mais plutôt à ouvrir des pistes de réflexion. Enfin quelques mots sur la représentation de Jésus vraiment originale et assez second degré.

Au fur et à mesure de ses apparitions, on a l’impression qu’il devient l’ami de ce petit garçon, presque un jouet, né de sa seule imagination. Certaines scènes sont vraiment drôle, en particulier celle ou Jésus se retrouve confronté à un billet de 1000 yens sur un ring (Dohyō) de sumo.

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Et le fait que Jésus réalise ses vœux notamment en lui attribuant un ami, lui donne à penser que ce dieu remplit toutes ses promesses. Exactement comme sur l’image  que lui a remise son professeur et sur laquelle est écrit un verset de Luc disant que « Rien n’est impossible à Dieu ». Mais, dès lors que Yura se met à croire, on peut penser qu’à un autre moment, il sera peut-être trahi. Dés lors, quel est le seuil de tolérance ?

J’ai adoré aussi le fait que le film soit une boucle avec une dimension métaphysique sur un geste, celui de faire un trou dans le papier qui couvre le mur de la chambre traditionnelle. Comme son grand père dans la première scène du film, dans la dernière scène Yura accomplit ce geste qui le connecte avec le ciel.

L’histoire est intiment liée à celle du réalisateur. Pour ce premier film, pour délivrer ce précieux message, il a oeuvre non pas seulement en tant que réalisateur mais également directeur de la photographie, scénariste et monteur. Impressionnant à seulement 23 ans !

II- Un premier film plein d’authenticité

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Jésus est un très beau premier film. Ce type de film pur qui témoigne de la fraicheur du réalisateur et de la volonté de délivrer (ou se délivrer) d’un message fort, et pas par un scénario dicté par l’industrie (au départ le film a été seulement projeté dans 5 salles au Japon).

La principal marque de cette authenticité est la réalisation. Epuré et immersive, j’ai beaucoup aimé. En particulier les plans fixe, récurrents comme celui du couloir de l’école. A l’extérieur, la caméra est posé en contre bas de l’escalier de l’école. Dans le cadre familial, le plan est serré, presque figé, comme pour noter un immobilisme certain, une récurrence dans les repas et les idées.

J’ai vraiment apprécié toutes ces traits de réalisation. Hiroshi Okuyama apporte un vent nouveau dans le cinéma japonais. J’ai vu beaucoup de film ces dernières années mais j’ai été émerveillé par sa manière de filmer, avec beaucoup de douceur et de sensibilité. La caméra ne fait qu’un avec les enfants et nous ramène à certains souvenir d’enfance. A l’unisson lors de leurs jeux d’enfants, on se prend en pleine face le drame qui survient brutalement.

Par certains éléments (le rapport aux grands parents, les jeux notamment de société), le fait que plusieurs générations se côtoient, ce film m’a plusieurs fois fait pensé à “The Taste of tea” de Katsuhito Ishii.

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Sa méthode de travail se rapproche de celle de Hirokazu Kore-Eda. il ne donne jamais le scénario aux acteurs et c’est exactement comme cela que qu’il a procédé avec les deux enfants. Il a déclaré “je ne leur expliquais les scènes qu’au moment où nous devions les tourner”.

La performance des deux enfants est juste et magnifique. Un jeu en apparence ordinaire pour une performance extraordinaire. A l’euphorie des fêtes de Noel et aux joie simples d’une partie de foot dans la neige succède le doute, et la tristesse toute en retenue.

Yura Satô (Yura Hoshino) et Riki Ôkuma (Kazuma Ôkuma) ont  été choisis après un casting de 70 enfants qui ont été auditionnés. Le réalisateur a ensuite favorisé leur complicité sur le plateau et ils sont devenus de vrais amis.

Point technique, pour réaliser le personnage de Jésus, l’équipe du film a utilisé une technique d’incrustation (le « chroma key ») qui a permis à l’acteur interprétant Jésus de jouer les scènes en studio, où il a été synthétisé pour ensuite être incorporé à l’image.

La musique “Gloria in Excelsis Deo”  qui au début du film, célèbre la naissance de Jésus, puis accompagne Yura alors que, pour lui, Dieu n’est encore qu’un ami imaginaire, est reprise à la fin et marque peut-être le début d’une véritable foi.

III- Les Chrétiens au Japon, une minorité méconnue

Critique du film - Jésus

Elle est très largement en retrait par rapport bouddhiste et shintoïste. Le Japon ne compte que 1% de chrétiens dont une moitié de catholiques et une moitié de protestants. Minoritaire, à la ville comme dans les campagnes mais pas marginalisée.

Paradoxalement, les Japonais sont marqués par ces pratiques : ils mêlent très facilement les rites des différentes religions implantées dans leur pays et cela sans presque sans s’en rendre compte. Le Japon est un pays très œcuménique, très accommodant envers les différentes pratiques religieuses.

Dans le film, l’illustration pourrait être la manière dont les deux enfants prient qui est différente. L’un joint ses mains, l’autre les croise. Ils n’ont pas la même foi.

L’image représente Jésus gravissant la colline du Golgotha avec sa croix avant d’y être crucifié. Le verset de Luc figurant en légende de l’image est en totale contradiction avec la réalité. « Rien n’est impossible à Dieu » ? Eh bien ? Si ! La preuve…Le réalisateur semble pointer du doigt le danger de croire trop fort en la puissance de Dieu.

Dés lors, l’ami imaginaire que s’était créé Yura, n’existera plus. Il a tiré un trait sur cette représentation. Il convertit d’ailleurs l’argent que sa grand-mère lui a donné et qu’il a pris pour un miracle en allant acheter une fleur pour son ami. Lui reste-t-il un peu de foi ? La trouve-t-il pour de bon ? Là, encore, c’est au spectateur de répondre.

Le film est court (environ 1h15) et je trouve cela très bien. Un film plus long m’aurait ennuyé. Je repense au film “Silence” de Martin Scorsese sorti en 2016 dont la première partie m’avait copieusement ennuyé… Si ce thème vous intéresse ce film revient sur l’implantation de la religion chrétienne dans le Japon du XVIIe siècle.

Conclusion : Jésus est un film surprenant et bouleversant. Un très beau premier film pour Hiroshi Okuyama (un nom à retenir). Un délicat récit d’amitié et d’apprentissage. Authentique par sa réalisation, l’histoire saisit avec sensibilité l’innocence et la pudeur de l’enfance.

C’est aussi un film plein de réflexions. Dans le cadre familial, l’école et lorsque la foi qui est mise à l’épreuve. Plus ou moins explicitement, ce film ouvre des questions presque philosophiques sur nos croyances et l’unicité des religions. 

La bande annonce :

https://japoncinema.com/les-film-japonais-a-ne-pas-rater-en-2019/

https://www.youtube.com/watch?v=Ned5RpPC2Dw

 

 

 

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