Kenji Takahashi dit Kenji Ōba est un acteur japonais né le 5 février 1955 à Matsuyama et disparu le 6 mai 2026. Dans les années 1980, il est mondialement connu grâce à la série X-Or qui a traversé les générations. Aujourd’hui, il laisse une image de légende dans l’histoire du cinéma japonais et bien plus encore. Dans cet article, je souhaite rendre hommage a un acteur qui a forgé mon amour pour les séries et le cinéma japonais.
Kenji Ōba, hommage au shérif de l’espace qui a traversé les générations

Kenji Ōba était de ces rares artistes dont la simple évocation du nom suffit à rouvrir des portes de la passion du sentaï, que l’on croyait closes depuis l’enfance. Le 6 mai 2026, après une longue lutte silencieuse contre la maladie, l’acteur japonais s’est éteint à 71 ans. La nouvelle a traversé les continents et les générations, ce qui dit tout de l’empreinte laissée par cet homme discret, charismatique, immense cascadeur. Kenji Ōba est inoubliable.
Le terme sentaï signifie en japonais « escadron de combat ». Il désigne également toutes les oeuvres audiovisuelles nippones (généralement des séries télévisées) mettant en scène un groupe de super-héros costumés.
Shikoku, Sonny Chiba et les fondations de sa carrière

Kenji Ōba naît le 5 février 1955 à Matsuyama, ville côtière de l’île de Shikoku, dans le sud-ouest du Japon. De son vrai nom Kenji Takahashi, il grandit loin des circuits habituels du show-business tokyoïte. C’est pourtant vers le mouvement, la discipline physique et l’art du combat qu’il gravite naturellement dès l’adolescence.
Je veux souligner cette relation forte ces deux légende du cinéma d’action japonais : Sonny Chiba et Kenji Ōba. Chiba est le fondateur de la Japan Action Club (JAC), école de cascadeurs et de théâtre par laquelle sont passés beaucoup d’acteurs de séries tokusatsu de cette époque, dont Kenji Oba qui fut l’un de ses plus illustres représentants. À seize ans à peine, Kenji Ōba franchit les portes du Japan Action Club, école fondée par la star des arts martiaux Sonny Chiba, et y révèle un talent brut. Sonny Chiba a introduit des arts martiaux à mains nues, à la façon chinoise. A cette époque, dans le cinéma japonais les héros se battent à coups de sabres mais pas à mains nues.
Cette formation est loin d’être anodine. Le Japan Action Club ne fabrique pas des comédiens au sens traditionnel du terme : il forge des hommes de plateau, capables d’exécuter des chorégraphies de combat avec une précision millimétrée, d’absorber des chutes, de travailler leur corps comme un instrument. Kenji Ōba y apprend l’exigence, la répétition, l’effacement de l’ego au service du geste. Des qualités qui deviendront la colonne vertébrale de toute sa carrière.
Ses débuts à l’écran, au tournant des années 1970, le maintiennent dans l’anonymat le plus complet. Costumes de monstres, doublures, silhouettes sans visage : pendant près d’une décennie, il travaille dans l’ombre des productions tokusatsu de la Toei, apprenant les codes d’un genre exigeant et ingrat. Ce n’est qu’à la fin des années 1970 qu’il apparaît enfin à visage découvert, dans la série San Ku Kaï, autre production japonaise qui fera date dans l’histoire de la télévision européenne. Un premier visage public, encore discret, mais qui prépare la suite.
Kenji Ōba, je l’ai découvert dans la série metal Hero Choujinki Metalder (dans les épisodes 25 et 26) ainsi que dans l’épisode 27 de la série Jiraya, où il incarne le personnage de Yajiro Iyo.

Le shérif de l’espace pour l’éternité
En 1982, la Toei Company propose à Kenji Ōba un rôle qui va tout changer. Space Sheriff Gavan, première série de ce qui deviendra la franchise Metal Hero, met en scène un justicier de l’espace envoyé sur Terre pour contenir la menace d’une race extraterrestre hostile. Kenji Ōba incarne Retsu Ichijouji, cet agent intergalactique à l’armure argentée, avec une conviction totale. Plus que du jeu d’acteur, c’est une performance physique permanente qu’il délivre : il exécute lui-même la quasi-totalité de ses cascades, refusant la facilité de la doublure pour habiter le personnage dans toute sa densité corporelle.
En France, la série arrive en octobre 1983 sous le titre X-Or, diffusée dans le cadre de l’émission Récré A2 sur Antenne 2. Elle débarque dans un paysage télévisuel déjà familiarisé avec les productions nipponnes, Goldorak et San Ku Kaï ayant ouvert la voie, mais elle s’impose avec une brutalité joyeuse qui surprend jusqu’aux programmateurs. Les enfants français sont immédiatement captivés par ce héros au costume réfléchissant, par la dramaturgie de la transformation, ce cri de « Transmutation ! » suivi d’une séquence chorégraphiée devenue mythique, et par une mise en scène qui mélange action pure et science-fiction de série B avec un sérieux désarmant.
Ce qui rend la performance de Kenji Ōba si particulière dans X-Or, c’est précisément l’unité qu’il maintient entre le personnage masqué et celui à visage découvert. Là où d’autres productions du genre dissocient complètement le comédien de la doublure cascadeuse, Kenji Ōba incarne Gavan de bout en bout, dans ses mouvements comme dans ses silences. Cette cohérence physique, fruit de dix ans de discipline au Japan Action Club, donne au personnage une profondeur inhabituelle pour le genre.
Entre Quentin Tarantino et fidélité à Chiba et Gavan

Les années 2000 offrent à Kenji Ōba une reconnaissance d’un genre inattendu. Quentin Tarantino, cinéphile encyclopédique et fervent admirateur du cinéma d’action asiatique, lui propose une apparition dans Kill Bill. Kenji Ōba y joue un serveur officiant dans un restaurant de sushis, dans une scène qui reste dans les mémoires de ceux qui savent reconnaître le visage derrière le crâne rasé. Ce caméo n’est pas le fruit du hasard.
Quentin Tarantino a choisi Sonny Chiba pour être dans son film parce qu’il admirait beaucoup ce qu’il faisait, et le connaissait bien sûr très bien. Concernant Kenji Oba la raison est un peu différente. Tarantino était très fan d’une série manga nommée Kage no Gundan (Shadow Warriors). Il ne connaissait pas trop Kenji Oba mais se souvenait de son personnage au crâne rasé dans l’adaptation live de cette série manga par les japonais, série dans laquelle apparaissait également Sonny Chiba. Il a trouvé qu’il ferait une bonne combinaison avec le personnage d’Hatori Hanzo pour son film Kill Bill, et décida de le recruter, en lui demandant de se raser à nouveau la tête ! C’est ainsi que Kenji Oba incarna le disciple forgeron de Hanzo dans Kill Bill.
Loin de se reposer sur la nostalgie, Kenji Ōba continue à endosser l’armure de Gavan bien après la fin de la série originale. Entre 2012 et 2017, plusieurs productions cinématographiques le ramènent dans la peau de son personnage le plus emblématique. Cette constance dit quelque chose d’essentiel : il ne considérait pas Gavan comme un rôle de jeunesse à dépasser, mais comme une responsabilité à honorer. Il avait conscience de l’attachement du public à ce personnage, et il le nourrissait avec une générosité infinie.
Une empreinte bien plus légendaire qu’un seul costume

Il serait trop bête de réduire Kenji Ōba à sa seule armure de shérif de l’espace. Sa carrière traverse en réalité plusieurs décennies de production japonaise d’action, un terrain où le talent se mesure autant à l’endurance qu’au jeu. À travers le Super Sentai, le Metal Hero et ses multiples participations à des productions Toei, Kenji Ōba a contribué à forger l’esthétique d’un genre qui a permis, des années plus tard, les Power Rangers américains, une filiation directe dont peu de gens mesurent l’ampleur. On a pu le voir aussi en 2002 dans le film Battle Royal 2.
Il y a des mots que l’on entend une fois dans l’enfance et qui restent gravés quelque part, dans une couche profonde de la mémoire que le quotidien n’atteint pas. Pour toute une génération de téléspectateurs français des années 1980, « Transmutation » était de ceux-là, non pas un simple mot, mais un seuil. Le passage entre le monde ordinaire et un espace où les héros existent vraiment, où la justice intergalactique est possible, où un homme en argent peut vaincre ce que les adultes semblent incapables d’affronter.
Kenji Ōba, lui, n’avait besoin d’aucune formule. Il était déjà tout entier dans son métier, dans chaque cascade accomplie sans filet, dans chaque retour devant les caméras à un âge où les gloires passées se contentent volontiers de leurs lauriers. Et il avait compris une chose que peu d’acteurs comprennent : le personnage n’appartient pas à celui qui le joue. Il appartient à ceux qui l’ont aimé. Et c’est pour eux que Kenji Ōba revenait, inlassablement, pour endosser l’armure.
Repose en paix, shérif de l’espace.
Kenji Ōba, 5 février 1955 / 6 mai 2026
Filmographie de Kenji Ōba

Séries télévisées
| Année | Titre | Rôle ou franchise |
|---|---|---|
| 1972 | Jinzô ningen Kikaidâ | Rôle de monstre |
| 1973 | Kikaidâ Zero Wan | Rôle de soutien |
| 1979 | San Ku Kaï (série TV) | Ryu (à partir de l’épisode 15) |
| 1979 | Battle Fever J | Super Sentai |
| 1980–1981 | Denshi Sentai Denziman | Super Sentai |
| 1982 | Kage no gundan II | Rôle secondaire |
| 1982–1983 | X-Or (Space Sheriff Gavan) | Retsu Ichijouji / Gavan (rôle principal) |
| 1983–1984 | Sharivan | Apparition en tant que Gavan |
| 1985 | Uchû keiji Shaider | Apparition en tant que Gavan |
| 1987 | Chôjinki Metalder | Metal Hero Series |
| 1988 | Sekai ninja sen Jiraiya | Metal Hero Series |
| 2002 | Ninpû Sentai Hurricaneger | Super Sentai |
| 2008 | Jûken sentai Gekirenjâ | Super Sentai |
| 2011 | Kaizoku Sentai Gokaiger | Gavan (apparition spéciale) |
Films
| Année | Titre | Notes |
|---|---|---|
| 1965 | Daikaijû Gamera | Tout petit rôle |
| 1974 | Onna hissatsu ken | Film d’arts martiaux |
| 1976 | Akane iro no kûdô | Film d’action |
| 1977 | Golgo 13 : Kûron no kubi | Film d’action |
| 1978 | San Ku Kai : Les Évadés de l’Espace | Version cinéma |
| 1980 | Denshi Sentai Denziman : The Movie | Super Sentai |
| 1983 | Satomi hakken-den | Film fantastique |
| 1984 | Kotaro makari-toru ! | Film d’action |
| 1993 | Kamen Rider ZO | Kamen Rider |
| 2003 | Battle Royale 2 : Requiem | Rôle secondaire |
| 2003 | Kill Bill : Volume 1 | Serveur au restaurant de sushis |
| 2007 | Kage | Film d’action |
| 2011 | Gokaiger Goseiger Super Sentai 199 Daikessen | Gavan |
| 2012 | Kaizoku Sentai Gokaiger vs. Uchû Keiji Gavan : The Movie | Gavan (rôle principal) |
| 2012 | Uchû Keiji Gavan : The Movie | Gavan (rôle principal) |
| 2017 | Uchuu Keiji Gavan vs. Tokusou Sentai Dekaranger | Gavan (rôle principal) |