Le triomphe des actrices du film « Soudain » de Ryūsuke Hamaguchi
Le jury présidé par le réalisateur coréen Park Chan-wook a décerné le Prix d’interprétation féminine conjointement à Virginie Efira et Tao Okamoto, une récompense qui dit tout du message central du film, construit comme un vrai duo dont on ne peut récompenser qu’une moitié sans trahir l’autre. Sur scène, Efira a déclaré que Hamaguchi « regarde la meilleure partie de nous ». Tao Okamoto, mieux connue du grand public via le cinéma de franchise, a parlé d’un prix qui allait « au-delà de toutes ses espérances ». Pour les deux actrices, cette distinction cannoise constitue un tournant de carrière.
Soudain prend sa source dans un livre documentaire paru au Japon en 2019, né de la correspondance entre une philosophe atteinte d’un cancer du sein en phase terminale et une anthropologue. Vingt lettres échangées sur la maladie, la vie, l’amitié et ce qu’on peut encore espérer quand le temps se rétrécit. La parole y est l’événement central, comme toujours chez Hamaguchi, mais portée ici par deux langues, deux cultures, le Japon et la France, deux façons d’habiter et d’appréhender le monde.

À ces deux prix d’interprétation s’est ajouté le Prix Ecoprod, remis à Hamaguchi pour la démarche éco-responsable adoptée tout au long de la production de Soudain. J’espère que son prochain prix sera une Palmde d’Or !
Pour rappel, le film « Soudain » (le titre originale japonais est Kyū ni guai ga waruku naru) sort en salles françaises le 12 août 2026.
La bande annonce du film « Soudain » :
Sham : Miike Takashi récompensé aux Écrans Juniors
L’autre récompense japonaise de cette édition est venue d’une section moins exposée, mais tout aussi significative. Sham de Takashi Miike a décroché le Prix Cannes Écrans Juniors, attribué par une classe de collégiens cannois parmi huit films internationaux présentés en avant-première pour un public à partir de 13 ans.
Le film constitue un vrai changement de registre pour Miike, auteur d’une filmographie pléthorique dominée par la violence stylisée et le cinéma de genre. Avec Sham, il adopte une mise en scène épurée au service d’un thriller social âpre et déstabilisant. Un instituteur respecté est mis en cause par la mère d’un élève, qui l’accuse de harcèlement et d’humiliation. Très vite, l’opinion publique s’emballe, les médias s’engouffrent dans la brèche, et la réalité se fragmente en versions irréconciliables. Inspiré d’un fait réel documenté par la journaliste Fukuda Masumi, le film explore une question brûlante : qu’est-ce que la vérité quand chaque regard la recompose à sa façon ?
La construction narrative, qui confronte les points de vue des différents protagonistes sur les mêmes événements, évoque la tradition du Rashomon revisitée à l’ère des réseaux sociaux et du tribunal médiatique. Que ce soit précisément un jury de collégiens qui ait couronné Sham n’est pas anodin — le film parle à une génération qui grandit dans un monde où l’accusation circule plus vite que la vérité.
Sham sort au cinéma en France le 24 juin 2026.
La bande annonce du film :
Une présence transversale en sélection : Cinq films japonais, cinq univers
Au-delà des films primés, le cinéma japonais à Cannes 2026 s’est déployé dans l’ensemble de la sélection. Yukiko Sode signait sa première sélection cannoise avec De toutes les nuits, les amants à Un Certain Regard, adaptation du roman de Mieko Kawakami une première à l’écran pour l’auteure japonaise la plus traduite de sa génération. Kiyoshi Kurosawa retrouvait lui aussi la Croisette avec Le Château d’Arioka, récit policier situé dans le Japon féodal. Deux cinéastes aux univers radicalement différents, qui confirment l’étendue et la diversité de la création nippone contemporaine.
Kōji Fukada, lui, faisait son retour en compétition officielle, après avoir décroché le Prix du Jury à Un Certain Regard en 2016 pour Harmonium. Avec son film Quelques jours à Nagi (Nagi Notes) que je suis impatient de voir au cinéma.
Côté industrie, le Japon occupait cette année la place d’honneur au Marché du Film, vitrine commerciale parallèle au festival. Une reconnaissance institutionnelle qui traduit une réalité de fond : depuis le succès mondial de Drive My Car en 2022, la demande internationale pour le cinéma japonais n’a cessé de croître.
Conclusion :
Deux films récompensés, cinq présences en sélection officielle, un statut de pays invité d’honneur au Marché du Film : le cinéma japonais à Cannes 2026 a rarement été aussi visible, aussi divers et salué par les critiques du monde entier. Hamaguchi confirme sa place parmi les grands auteurs reconnus par la critique. Miike prouve qu’il sait se réinventer, Kurosawa tient enfin son grand film dans le japon féodal.
Moi devant ma télé, je suis impatient de voir tous ces films au cinéma. En attendant, cela me rappelle pourquoi le cinéma japonais me fascine autant 🙂
A l’image du film de l’étoile montante du cinéma japonais Yukino Kishii et le légendaire Tadanobu Asano ont profondément ému les festivaliers avec DE TOUTES LES NUITS, LES AMANTS, le nouveau film de la réalisatrice d’ARISTOCRATS, adapté du roman de Mieko Kawakami.
https://japoncinema.com/les-films-japonais-a-voir-au-cinema-en-2026/