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Kwaïdan : le film de Masaki Kobayashi à voir absolument en version restaurée 4K

C’est l’un des films japonais que je préfère. Un chef-d’œuvre qu’il faut absolument découvrir. Plus de soixante ans après sa sortie, Kwaïdan de Masaki Kobayashi, revient en France. Depuis le 1er juillet 2026 au cinéma et je pense bientôt en DVD et Blu-ray. Pour la première fois, le film est présenté dans une nouvelle restauration 4K réalisée par Toho Archive en 2025. 

Sorti en 1964, Kwaïdan est l’une des œuvres les plus singulières de Masaki Kobayashi. Le cinéaste, connu notamment pour La Condition de l’homme et Harakiri, délaisse ici les récits historiques et les conflits sociaux qui traversent une grande partie de sa filmographie pour s’aventurer dans le domaine du fantastique. Le film adapte quatre histoires issues du célèbre recueil Kwaidan de Lafcadio Hearn, écrivain d’origine occidentale devenu profondément attaché au Japon.

Il faut voir ce film pour voir pour comprendre l’influence considérable qu’il exerce sur le cinéma fantastique japonais. Une œuvre à la fois intime et totale qui combine le folklore japonais, le fantastique, la peinture, la musique expérimentale et une profonde réflexion sur la fragilité de l’existence.

La bande annonce :

Distributeur di film en France : Carlotta Films


Quatre histoires de fantômes venues du folklore japonais

D’une durée de 183 minutes, Kwaïdan se compose de quatre récits indépendants : « Les Cheveux noirs », « La Femme des neiges », « Histoire de Hoichi sans oreilles » et « Un bol de thé ».

Dans Les Cheveux noirs, un samouraï abandonne sa femme pour épouser la fille d’un riche gouverneur. Mais le souvenir de son premier amour finit par le rattraper. La Femme des neiges raconte quant à elle la rencontre de deux bûcherons avec une mystérieuse apparition au cœur d’une tempête. Dans Histoire de Hoichi sans oreilles, un jeune musicien aveugle réveille, par son chant, les fantômes d’une ancienne bataille. Enfin, Un bol de thé commence lorsqu’un samouraï aperçoit un mystérieux visage au fond de son bol.

Ces quatre histoires permettent à Kobayashi d’explorer différentes facettes du folklore japonais, mais aussi des thèmes beaucoup plus universels : l’amour, la trahison, la mémoire, la mort et l’attachement.


Une splendeur visuelle

S’il y a une raison de revoir Kwaïdan aujourd’hui, c’est évidemment sa beauté plastique. Entièrement tourné en studio, le film utilise des décors monumentaux, des toiles peintes et des paysages volontairement irréalistes. Les ciels, les forêts et les scènes de bataille semblent parfois sortir directement d’une peinture japonaise.

Cette esthétique doit beaucoup au chef opérateur Yoshio Miyajima et au directeur artistique Shigemasa Toda. Kobayashi refuse tout réalisme traditionnel et construit au contraire un univers où le rouge, le blanc, les transparences et les couleurs du décor deviennent de véritables éléments narratifs.

La nouvelle restauration 4K réalisée par Toho Archive Co., Ltd. en 2025, en collaboration avec Toho Co., Ltd. et Toho Global Inc., offre ainsi une nouvelle occasion de profiter de ce travail visuel dans des conditions particulièrement soignées.


Un film différent des films d’horreur traditionnels

Malgré son classement fréquent parmi les films d’horreur, Kwaïdan ne cherche jamais à provoquer la peur par les effets faciles. Le film privilégie une angoisse lente et diffuse. Il n’y a pas de jump scare : les fantômes apparaissent progressivement, souvent avec une étrange indifférence.

Cette approche rend le film encore étonnamment moderne. Le temps semble se dilater, les silences deviennent pesants et les apparitions surnaturelles prennent une dimension presque méditative. La peur naît moins de ce que l’on voit que de ce que l’on attend.

Cette conception du fantastique aura d’ailleurs une influence importante sur le cinéma d’horreur japonais des décennies suivantes. Le dossier de presse rapproche notamment l’héritage de Kwaïdan de films comme Ring de Hideo Nakata, Cure et Kaïro de Kiyoshi Kurosawa ou encore Audition de Takashi Miike.


Le concept de « mujo » au cœur du film

Katsuo Nakamura holding head in grief in scene from the film ‘Kwaidan’, 1964. (Photo by Toho/Getty Images)

Au-delà des fantômes, Kwaïdan est aussi une réflexion sur la condition humaine. Le film est traversé par le concept bouddhique de mujo (impermanence) qui traduit l’idée que tout est transitoire et que l’attachement aux êtres ou aux choses mène inévitablement à la souffrance. L’attachement aux êtres et aux choses devient alors une source potentielle de souffrance et de hantise.

Les fantômes de Kobayashi ne sont donc pas simplement là pour effrayer. Ils représentent aussi le poids du passé, les regrets et l’impossibilité de retenir ce qui est destiné à disparaître.

Cette dimension explique en partie pourquoi Kwaïdan continue de fasciner aujourd’hui. Derrière ses histoires fantastiques se cache une œuvre profondément humaine.


Une œuvre récompensée à Cannes

Présenté au Festival de Cannes en 1965, Kwaïdan reçoit le Prix du jury et s’impose progressivement comme l’une des œuvres majeures du cinéma japonais.

Le film est également resté dans les mémoires de grands cinéastes contemporains. Guillermo del Toro le décrit ainsi comme « incroyablement inquiétant et incroyablement beau », tandis que Nicolas Winding Refn le considère comme « le meilleur film de fantômes jamais réalisé ».

L’affiche originale japonaise :


Une bande-son magistrale :

La musique de Toru Takemitsu joue enfin un rôle essentiel dans l’atmosphère du film. Plutôt que d’accompagner simplement les images, le compositeur construit un univers sonore fait de craquements, de grincements, de silences et de sonorités électroniques.

Le son devient ainsi presque une présence invisible. Il annonce parfois le surnaturel avant même que celui-ci n’apparaisse à l’écran. Cette utilisation du silence et du hors-champ sonore contribue largement à l’étrangeté de Kwaïdan.

Pour en savoir plus sur ce compositeur, je vous invite à écouter ce excellent podcast : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-les-musiques-de-film-de-toru-takemitsu

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