Buntarō Futagawa réalisateur oublié du cinéma muet

Buntaro FUTAGAWA : le réalisateur oublié du cinéma muet

Buntarō Futagawa est en 1899 à Tokyo dans une famille de marchands de thé, sous le nom de Kichinosuke Takizawa, il abandonne ses études de commerce pour rejoindre le monde du cinéma naissant dès 1921. Il devient l’un des réalisateurs les plus prolifiques du muet japonais, avec plus de 80 films tournés entre 1923 et 1955, avant de sombrer peu à peu dans l’oubli, la faute, en partie, à la disparition de la quasi-totalité de son œuvre.

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Pourquoi découvrir les films de Buntarō Futagawa ?

Futagawa appartient à cette génération de cinéastes qui, dans les années 1920, invente le langage du film de sabre japonais (le futur chanbara) en même temps qu’elle en explore les limites narratives et politiques. À une époque où le jidai-geki se contentait largement de reproduire les codes cérémonieux du théâtre kabuki, Futagawa impose des scènes de combat plus rapides, plus physiques, filmées en plans larges qui laissent toute la place au corps de son acteur fétiche, Tsumasaburō Bandō.

Mais l’intérêt de son cinéma dépasse la seule question du style. Avec son complice Bandō, Futagawa façonne l’archétype du « héros nihiliste » : un samouraï injustement banni de son clan, humilié, jeté hors des cadres de la société, et condamné à errer en marge d’un monde qui ne lui offre plus aucune place légitime. BAutrement dit, il met en scène un protagoniste qui rejette les valeurs sociales dominantes et se retrouve écrasé par une société injuste.

Cette figure du marginal en révolte contre un ordre social absurde et cruel deviendra une matrice essentielle du jidai-geki, que Daisuke Itō développera quelques années plus tard avec une portée politique plus affirmée.

Découvrir Futagawa aujourd’hui, c’est donc remonter aux sources mêmes du film de sabre japonais, avant que le genre ne se codifie davantage et c’est aussi une plongée vertigineuse dans une œuvre presque entièrement engloutie par le temps : séisme de Kantō de 1923, fragilité des pellicules nitrate, bombardements de la Seconde Guerre mondiale… l’essentiel de sa filmographie a aujourd’hui disparu.


Son film le plus connu : « Orochi » (1925)

Impossible d’évoquer **Buntarō Futagawa** sans s’arrêter longuement sur Orochi (雄呂血, littéralement « Le Serpent »), son chef-d’œuvre absolu et le film qui a fait de Tsumasaburō Bandō une star. L’histoire suit Kuritomi Heizaburō, jeune samouraï chassé injustement de son école pour un motif fallacieux. Séparé de la femme qu’il aime, humilié, emprisonné, il n’a d’autre choix que d’emprunter la voie de la marginalité pour survivre dans un monde qui lui reste résolument hostile.

Ce qui frappe encore aujourd’hui dans Orochi, c’est la modernité de ses scènes de combat : filmées avec une énergie et une vitesse inédites pour l’époque, elles rompent radicalement avec le style kabuki, lent et cérémonieux, qui dominait alors le cinéma de sabre. Cette approche plus physique et plus nerveuse posera les bases esthétiques du chanbara moderne.

Le film porte aussi une charge presque subversive : son titre original devait être « Le Hors-la-loi » (Buraikan), mais la censure et la police japonaises s’y opposent, jugeant dangereuse l’idée même de présenter un marginal en héros. Le titre est alors changé en « Le Serpent », en référence à la manière dont le héros, acculé, finit par mordre un monde qui n’a cessé de le rejeter.

Plus de 100 ans après sa sortie, Orochi reste une porte d’entrée fascinante vers le cinéma muet japonais, et l’un des rares témoignages encore visibles du travail de Buntarō Futagawa.

Le film sur youtube :


Sa filmographie sélective

La quasi-totalité de l’œuvre muette de Buntarō Futagawa est aujourd’hui considérée comme perdue, victime du séisme de Kantō de 1923, de la fragilité des pellicules nitrate et des destructions de la Seconde Guerre mondiale. Parmi les films documentés figurent :

– *Gyakuryū* (1924)
– *Orochi* (1925)
– *Edo kaizokuden : Kagebōshi* (1925)
– *Boseki ga ibikisuru koro* (1925, film perdu, d’inspiration expressionniste)
– *Madara hebi* (1928)
– *Shinban Ōoka seidan* (1928)
– Plusieurs jidai-geki tournés dans les années 1930 au studio Shōchiku, avec l’acteur Chōjūrō Hayashi (futur Kazuo Hasegawa)

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