Aller au contenu
Accueil - Ishirō Honda : le père de Godzilla

Ishirō Honda : le père de Godzilla

  • par

Si tout le monde connait Godzilla, son réalisateur Ishirō Honda est moins cité. Né le 7 mai 1911 à Asahi, dans la préfecture de Yamagata, cinquième et dernier enfant d’un prêtre bouddhiste, il découvre le cinéma en déménageant avec sa famille dans la région de Tokyo. Il étudie le cinéma à l’université Nihon, l’une des premières filières du genre au Japon, avant d’être recruté par le laboratoire P.C.L., qui deviendra la Tōhō en 1936. C’est là qu’il se lie d’amitié avec un jeune assistant nommé Akira Kurosawa, une amitié qui durera toute leur vie. Il débute comme réalisateur en 1951 avec La Perle bleue, avant que Godzilla, en 1954, ne le fasse entrer dans la légende du cinéma populaire mondial.

Sommaire


Pourquoi découvrir les films d’Ishirō Honda ?

Honda occupe une place singulière dans le paysage du cinéma japonais classique : cinéaste de studio discipliné, toujours dans les temps et dans le budget imparti par la Tōhō, il est aussi l’inventeur, avec Godzilla, de tout un genre cinématographique, le kaijū eiga (film de monstre géant), qui deviendra la franchise cinématographique la plus durable de l’histoire selon le Guinness World Records. Contrairement à Kurosawa, dont l’exigence perfectionniste pouvait faire exploser les budgets et les plannings, Honda incarne l’artisan fiable, capable de produire une œuvre de genre d’une richesse thématique surprenante, où les monstres géants deviennent des métaphores de l’angoisse nucléaire et de la fragilité de l’humanité face à ses propres excès technologiques.

Son amitié avec Kurosawa, nouée dès leurs débuts communs à la P.C.L. sous la tutelle de Kajirō Yamamoto, restera l’une des plus belles de l’histoire du cinéma japonais : Honda travaille comme premier assistant réalisateur sur Chien enragé (1949), capturant certaines des scènes documentaires du Tokyo dévasté par la guerre, et c’est lui qui, des décennies plus tard, portera les félicitations officielles de la Tōhō lorsque Kurosawa reçoit son Oscar d’honneur. Lorsque les studios japonais tournent le dos à Kurosawa dans les années 1970, c’est encore Honda qui revient d’une retraite bien méritée pour devenir son bras droit sur ses cinq derniers films, dont Ran (1985) et Rêves (1990).

Découvrir Honda aujourd’hui, c’est donc réhabiliter un cinéaste trop longtemps réduit au seul divertissement de genre, alors que son œuvre, riche de mélodrames, documentaires et comédies musicales aujourd’hui encore trop peu visibles hors du Japon, témoigne d’un vrai talent de metteur en scène derrière l’habileté de l’artisan de studio.


Mon film préféré : Matango (1963)

Mon film préféré d’Ishirō Honda est Matango, souvent considéré comme son chef-d’œuvre en dehors de la saga Godzilla. Le film suit un groupe de naufragés échoués sur une île mystérieuse, contraints, pour survivre, de se nourrir de champignons étranges qui les transforment peu à peu en créatures monstrueuses, mi-humaines mi-fongiques.

Ce qui me fascine dans ce film, c’est son atmosphère profondément inquiétante et sa dimension allégorique, qui dépasse largement le simple film d’horreur de série B pour interroger la déshumanisation et la tentation du renoncement moral face à la survie. C’est un Honda plus sombre et plus expérimental que celui de la franchise Godzilla, qui prouve l’étendue de son talent de cinéaste au-delà des seuls kaijū eiga qui ont fait sa renommée populaire.

La bande annonce :


Son film le plus connu : Godzilla (1954)

Le film qui a fait entrer Ishirō Honda dans la légende du cinéma mondial est bien sûr Gojira (Godzilla), sorti en 1954. Le film met en scène un monstre préhistorique réveillé et mutant par les essais nucléaires, qui sème la terreur et la destruction dans un Tokyo encore hanté par le traumatisme d’Hiroshima et de Nagasaki, à peine neuf ans après la fin de la guerre.

Coécrit par Honda lui-même, le film connaît un succès immédiat au box-office japonais et donne naissance à une franchise multisupport reconnue par le Livre Guinness des records comme la plus ancienne de l’histoire du cinéma, tout en établissant à lui seul les codes du genre kaijū eiga et du tokusatsu, ce cinéma à effets spéciaux qui influencera des générations de cinéastes de genre à travers le monde, de Guillermo del Toro à John Carpenter. Derrière le spectacle de la créature géante détruisant la capitale japonaise, le film porte une charge allégorique profondément pacifiste sur l’angoisse nucléaire de l’après-guerre, que l’essayiste Susan Sontag saluera dès 1965 dans son texte de référence sur l’imaginaire du désastre.

Avec Godzilla, Ishirō Honda signe l’œuvre qui a le plus durablement marqué la culture populaire mondiale parmi tous les films japonais de l’âge d’or, tout en portant, sous ses écailles de monstre, l’une des réflexions les plus sincères du cinéma japonais sur les traumatismes de son époque.

La bande annonce :


Sa filmographie sélective

  • 1951 : La Perle bleue (Aoi shinju), premier film
  • 1954 : Godzilla (Gojira)
  • 1956 : Rodan
  • 1961 : Mothra
  • 1962 : King Kong contre Godzilla
  • 1963 : Matango
  • 1975 : Le Retour de Mécanigodzilla, dernier film de la franchise pour Honda
  • 1985 : assistant réalisateur sur Ran, de Kurosawa
  • 1990 : assistant réalisateur sur Rêves, de Kurosawa

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Menu
error: Content is protected !!