Je vous présente celui qui est surnommé le « Père du cinéma japonais » : Shōzō Makino. Né le 22 septembre 1878 à Yamaguni, dans la préfecture de Kyoto, il grandit dans un théâtre tenu par sa mère avant d’être recruté en 1907 par le producteur Einosuke Yokota pour tourner des jidai-geki. C’est là qu’il découvre l’acteur de kabuki itinérant Matsunosuke Onoe, qu’il transforme en toute première grande star du cinéma japonais : ensemble, ils tournent plus de 60 films durant les années 1910.
Makino meurt le 25 juillet 1929, laissant derrière lui l’une des dynasties les plus illustres au Japon. Son fils Masahiro Makino deviendra un grand réalisateur du chanbara, et ses petits-enfants et arrière-petits-enfants compteront parmi les grands noms du cinéma et de la télévision japonaise.
Aujourd’hui, il possède même sa statue à Kyoto. Plus précisément au temple Tojiin (Tojiin Kita-machi Kita-ku). Une marque de reconnaissance qui traverse les générations.

Sommaire
- Pourquoi découvrir les films de Shōzō Makino ?
- Mon film préféré : Raiden (1928)
- Son film le plus connu : Jitsuroku Chūshingura (1928)
- Sa filmographie sélective
Pourquoi découvrir les films de Shōzō Makino ?

Découvrir Makino, c’est remonter directement aux origines industrielles et artistiques du cinéma japonais lui-même. À une époque où le septième art nippon n’existait pratiquement pas en tant qu’industrie structurée, Makino invente littéralement les méthodes de production, de mise en scène et de narration qui vont façonner des décennies de jidai-geki à venir. Sa collaboration fondatrice avec Matsunosuke Onoe donne naissance au tout premier système de « star japonais », préfigurant celui qui dominera plus tard l’industrie du cinéma de studio.
Ce qui rend le parcours de Makino si fascinant, c’est aussi la dimension familiale et transgénérationnelle de son héritage : il forme directement son fils Masahiro sur les plateaux dès l’enfance, l’autorisant à n’aller à l’école que les jours de pluie, quand les tournages en extérieur sont impossibles. C’est d’ailleurs pour son cinquantième anniversaire, en 1928, qu’il tourne son grand œuvre testamentaire, une adaptation épique de la légende des 47 rōnins, un projet d’une ampleur inédite pour couronner cinquante ans d’une vie entièrement consacrée au cinéma naissant.
Découvrir Makino aujourd’hui, c’est donc se pencher sur la toute première génération du cinéma japonais, celle qui a dû tout inventer avant que les Mizoguchi, Ozu et Kurosawa ne puissent, des décennies plus tard, porter cet art à son plus haut niveau de raffinement.
Mon film préféré : Raiden (1928)

Mon film préféré de Shōzō Makino est ce court métrage de comédie tourné en 1928, coréalisé avec Sadatsugu Matsuda, et qui a la particularité émouvante d’être une œuvre posthume : Makino meurt avant sa sortie. Le film met en scène un jeune lutteur de sumo enchaînant les victoires, à qui sa mère conseille étrangement de perdre son prochain combat pour ne pas lasser le public, un prétexte à une comédie légère et savoureuse, portée par un accompagnement benshi d’une grande vivacité.
Ce qui me touche particulièrement dans ce film, c’est qu’il marque aussi le tout premier rôle à l’écran du jeune Masahiro Makino, alors enfant, qui deviendra l’un des plus grands cinéastes du chanbara japonais. Raiden est donc un point de passage de témoin explicite et bouleversant entre le père fondateur et le fils qui allait perpétuer, et démultiplier, son héritage cinématographique.
Son film le plus connu : Jitsuroku Chūshingura (1928)

Le film qui couronne la carrière de Shōzō Makino est Chūkon giretsu : Jitsuroku Chūshingura (Véritable histoire des quarante-sept rōnins), une épopée tournée en 1928 pour célébrer son propre cinquantième anniversaire. Le film reprend l’un des récits les plus emblématiques de la culture populaire japonaise, celui de la vengeance méthodique d’un groupe de samouraïs devenus rōnins après la mort injuste de leur seigneur.
Ce projet d’une ampleur inédite pour l’époque témoigne de la place centrale qu’occupait déjà Makino dans l’industrie cinématographique japonaise naissante, capable de réunir les moyens nécessaires à une reconstitution historique de cette envergure. Le film s’inscrit directement dans la continuité de son travail fondateur sur le genre du jidai-geki, qu’il avait largement contribué à inventer aux côtés de Matsunosuke Onoe près de deux décennies plus tôt.
Avec Jitsuroku Chūshingura, Shōzō Makino referme, l’année précédant sa mort, la boucle d’une carrière entièrement consacrée à donner ses lettres de noblesse artistiques et industrielles au cinéma japonais naissant.
Sa filmographie sélective
Makino a réalisé plusieurs centaines de films entre 1907 et 1929, dont l’immense majorité sont aujourd’hui perdus et donc non documentés.
- 1910s : plus de 60 films tournés avec Matsunosuke Onoe, première star du cinéma japonais
- 1921 : Jiraiya le héro
- 1926 : Tenichibō et la secte Iga, coréalisé avec Teinosuke Kinugasa
- 1927 : Kurama Tengu ibun : Kakubei jishi
- 1928 : Jitsuroku Chūshingura (Véritable histoire des quarante-sept rōnins)
- 1928 : Raiden, coréalisé avec Sadatsugu Matsuda, œuvre posthume