Heinosuke Gosho est un réalisateur et scénariste. Il est en 1902 à Tokyo, fils d’une liaison entre un commerçant et une geisha. Il est retiré très jeune à sa mère biologique pour devenir l’héritier officiel de la famille. Une rencontre décisive avec Shirō Kido, futur grand patron du studio Shōchiku, l’oriente vers le cinéma : il y devient l’assistant du réalisateur Yasujirō Shimazu avant de passer lui-même à la réalisation dès 1925. Grand admirateur du cinéaste américain Ernst Lubitsch, il a révélé avoir vu son film « Comédiennes » plus de vingt fois pour en étudier la technique du gros plan. Gosho développe très tôt un style personnel, mêlant rire et émotion, que la critique japonaise surnommera le « Goshoisme ».
Sommaire
- Pourquoi découvrir les films de Heinosuke Gosho ?
- Mon film préféré : Où sont les rêves de la jeunesse ? (1953)
- Son film le plus connu : Mon amie et mon épouse (1931)
- Sa filmographie sélective
Pourquoi découvrir les films de Heinosuke Gosho ?

L’histoire retient avant tout Gosho comme l’auteur du tout premier film entièrement parlant du cinéma japonais, *Madamu to nyōbō* (*Mon amie et mon épouse*), sorti en 1931 — une prouesse technique autant qu’artistique, puisque le film transforme habilement les contraintes du son synchronisé (les nouveaux micros captaient tous les bruits ambiants) en véritable ressort comique, avec cette histoire de dramaturge excédé par le tapage nocturne de ses voisins mélomanes.
Mais réduire Gosho à cette seule prouesse technique serait injuste : il s’impose durablement, aux côtés d’Ozu, Naruse et Shimizu, comme l’un des grands maîtres du shomin-geki, ce cinéma du quotidien centré sur les petites gens. Son style, que l’on a baptisé « Goshoisme », consiste précisément en cette capacité si particulière à faire rire et pleurer le spectateur presque simultanément, dans des récits d’apparence modeste mais d’une grande justesse émotionnelle. Sa fidèle actrice Kinuyo Tanaka — avec qui il tourne 17 films entre 1926 et 1936, avant qu’elle ne devienne l’égérie de Mizoguchi — incarne parfaitement cette veine intimiste et tendre.
Découvrir Gosho aujourd’hui, c’est donc remonter à l’un des moments charnières de l’histoire technique du cinéma japonais, tout en explorant une œuvre d’une grande finesse sur la vie ordinaire des Japonais du XXe siècle, de l’avant-guerre jusqu’aux années 1960.
Mon film préféré : « Where Chimneys Are Seen« (1953)

Après une longue traversée du désert due à la tuberculose puis aux bouleversements de l’après-guerre, il est l’un des meneurs de la grève de la Tōhō en 1948, qui aboutit à la scission donnant naissance à la Shintōhō, Gosho signe avec ce film l’un des sommets de sa maturité artistique. Son cinéma est à son apogée : on rit, on est ému, souvent dans la même scène — une prouesse d’équilibriste que peu de cinéastes de sa génération maîtrisaient aussi bien.
L’histoire : Hiroko Ogata et son second mari, Ryukichi (son premier époux, Tsukahara, est présumé mort lors d’un bombardement durant la Seconde Guerre mondiale), vivent dans une banlieue populaire de Tokyo. L’étage de leur logement est loué à Kenzō et Senko, un jeune homme et une jeune femme qui s’intéressent l’un à l’autre sans pour autant former un couple. Un jour, les Ogata découvrent un bébé à l’entrée de la maison, accompagné d’un mot signé de Tsukahara affirmant qu’il s’agit de la fille de Hiroko. Le couple Ogata traverse alors une grave crise, Hiroko manquant de mettre fin à ses jours.
Kenzō part à la recherche de Tsukahara en ville et finit par le retrouver, ainsi que sa nouvelle compagne, la véritable mère de l’enfant abandonné, qui avait initialement envisagé d’avorter. Bien que les Ogata se soient attachés au bébé, qui a entre-temps souffert d’une grave maladie, ils acceptent de le rendre à Mme Tsukahara ; celle-ci, après quelques hésitations, finit par l’accueillir comme le sien.
Son film le plus connu : « Mon amie et mon épouse » (1931)

Le film qui a inscrit durablement le nom de Heinosuke Gosho dans l’histoire du cinéma, c’est « Madamu to nyōbō » (Mon amie et mon épouse, parfois traduit « La Femme du voisin et la mienne »), sorti en août 1931 chez Shōchiku. Le scénario, en apparence anodin, met en scène un dramaturge dérangé dans son travail par la musique de jazz que ses voisins écoutent bruyamment, un prétexte parfait pour exploiter toutes les possibilités inédites qu’offre le son synchronisé, alors tout juste maîtrisé par l’industrie japonaise.
Porté par Kinuyo Tanaka, tout juste âgée de 21 ans, le film est un succès immédiat et marque un tournant technique majeur : il s’agit du tout premier long métrage japonais à utiliser pleinement le son, et c’est aussi aujourd’hui le plus ancien film parlant japonais connu à nous être parvenu en bon état. Bien plus qu’une simple démonstration technologique, « Madamu to nyōbō » est une comédie enlevée, pleine d’esprit, qui préfigure déjà toute la tendresse malicieuse de la suite de sa filmographie.
Extrait :
Sa filmographie sélective
– 1928 : *La Fiancée du village*
– 1931 : *Mon amie et mon épouse* (premier film parlant japonais)
– 1933 : *La Danseuse d’Izu*
– 1933 : *L’Épouse qui parle dans son sommeil*
– 1935 : *Le Fardeau de la vie*
– 1951 : *Nuages épars* (premier film de sa société Studio Eight)
– 1953 : *Où sont les rêves de la jeunesse ?*
– 1954 : *Une auberge à Osaka*
– 1966 : *Maman et ses onze enfants*