Son style visuel a marqué durablement tout le genre du film de sabre moderne : Kenji Misumi. Né le 2 mars 1921 à Kyoto, fils d’une geisha et d’un marchand qu’il connaîtra à peine, il est élevé par sa tante. Il fait ses armes à la Nikkatsu, qu’il rejoint en 1941, avant de passer à la Daiei, studio auquel il restera fidèle toute sa carrière, refusant même une offre de la Tōei. Kenji Misumi tourne son premier grand succès, Le Passage du grand Bouddha, en 1960. Il meurt en 1975, à seulement 54 ans, laissant derrière lui plus de 60 films en une vingtaine d’années.
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Pourquoi découvrir les films de Kenji Misumi ?

Misumi occupe une place à part dans l’histoire du chanbara : cinéaste d’un style visuel et graphique immédiatement reconnaissable, il excelle dans la composition de plans-séquences d’une sobriété et d’une minutie exceptionnelles, où le mouvement naît autant des cadrages fixes que des déplacements de ses personnages. Sa marque de fabrique, faite de zooms et dézooms rapides ponctuant une mise en scène par ailleurs très maîtrisée, a profondément influencé l’esthétique du film de sabre japonais des années 1960 et 1970.
C’est à lui que l’on doit la direction artistique de deux des plus grandes sagas de l’histoire du cinéma de genre japonais : Zatoichi, dont il réalise le tout premier épisode en 1962 avant d’en signer cinq autres sur la vingtaine que comptera la série, et Baby Cart (Kozure Ōkami), adaptation du manga culte de Kazuo Koike et Goseki Kojima, dont il tourne quatre des six films avec Tomisaburō Wakayama dans le rôle du rōnin solitaire accompagné de son jeune fils. Mais Misumi n’est pas qu’un cinéaste de genre habile : sa filmographie comprend également une veine méconnue de mélodrames féminins, tournés en parallèle de ses chanbara les plus spectaculaires, qui témoignent d’une sensibilité et d’une ambition esthétique dépassant largement le simple divertissement de série B.
Découvrir Misumi aujourd’hui, c’est donc redécouvrir l’un des plus grands stylistes du cinéma de genre japonais, dont l’influence se prolonge jusque dans le cinéma d’action occidental contemporain, à travers l’héritage visuel qu’il a légué à des cinéastes bien au-delà des frontières du Japon.
Mon film préféré : Kiru (1962)

Mon film préféré de Misumi est Kiru (Tuer), tourné en 1962 avec des moyens extrêmement limités qui n’empêchent en rien la puissance visuelle du résultat. Le film s’inscrit dans la trilogie thématique que composent également Le Sabre (1964) et La Lame diabolique (1965), trois œuvres qui réinventent en profondeur la figure du samouraï errant dans une société d’une violence implacable.
Ce qui me fascine dans ce film, c’est la façon dont Misumi parvient, avec des micro-moyens, à faire de la Daiei un studio capable de rivaliser esthétiquement avec le géant Tōei, à une époque où l’industrie cinématographique japonaise traversait de sérieuses difficultés financières. Sa mise en scène, d’une sobriété et d’une précision chirurgicale, transforme chaque duel au sabre en une véritable composition picturale, où la violence n’est jamais gratuite mais toujours porteuse de sens sur la condition du guerrier solitaire.
L’histoire : Rescapé d’un massacre, Shingo a été élevé dans la résidence du samouraï Takakura. Adulte, il est devenu invincible au sabre et participe à de nombreux combats.
La bande-annonce :
Son film le plus connu : Zatoichi, le masseur aveugle (1962)

Le film qui reste indissociable du nom de Kenji Misumi dans le monde entier est Zatōichi monogatari (Zatoichi, le masseur aveugle), sorti en 1962. Le film ouvre l’une des plus longues et des plus populaires sagas de l’histoire du cinéma japonais, inspirée d’un court récit de Kan Shimozawa paru en 1948 : un masseur itinérant aveugle, Ichi, arrive dans la province de Shimosa, où son habileté surnaturelle aux dés et son sens de l’humour trompeur cachent en réalité un bretteur redoutable, bientôt pris malgré lui dans la guerre que se livrent deux clans yakuzas rivaux.
Porté par Shintarō Katsu, acteur qui incarnera le personnage dans vingt-cinq films entre 1962 et 1973 puis dans un ultime épisode en 1989, ce premier volet a l’immense qualité de ne jamais s’attarder sur une origin story : tout ce qui définira durablement Zatoichi, son infirmité transformée en arme, son code d’honneur et le respect ambigu qu’il inspire aux puissants, est déjà pleinement présent dès sa première apparition à l’écran. Misumi y invente un savant métissage entre le chanbara traditionnel et le film de yakuza, une hybridation de genre qui doit beaucoup au Yōjinbō de Kurosawa sorti l’année précédente, et qui offrira à la franchise un potentiel de renouvellement quasiment illimité au fil de ses vingt-six films.
Avec Zatoichi, le masseur aveugle, Kenji Misumi donne naissance à l’une des plus grandes sagas populaires du cinéma japonais, dont l’influence se prolongera jusqu’au remake signé Takeshi Kitano en 2003.
L’histoire : Un aveugle arrive dans la petite province de Shimosa. Nommé Ichi, il se fait vite connaître pour ses talents de masseur et pour son habileté surnaturelle aux dés. Mais, les habitants se rendent compte d’un autre de ses talents, le maniement de l’épée…
La bande-annonce :
Sa filmographie sélective
- 1956 : Gompachi au chapeau, premier film disponible
- 1960 : Le Passage du grand Bouddha
- 1962 : Zatoichi, le masseur aveugle, premier film de la saga
- 1962 : Tuer (Kiru)
- 1964 : Le Sabre (Ken)
- 1965 : La Lame diabolique (Ken Ki)
- 1966 : La Vision de la vierge (Shōjo ga mita)
- 1972-1973 : quatre épisodes de la saga Baby Cart (Kozure Ōkami)
- 1974 : Les Derniers Samouraïs, dernier film