Je rédige aujourd’hui l’article sur le nom le plus universellement connu du cinéma nippon : Akira Kurosawa. Né le 23 mars 1910 à Tokyo, dans une famille alliant tradition militaire et ouverture aux idées modernes, il grandit sous l’influence d’un père strict, ancien militaire converti aux vertus pédagogiques du cinéma. Après des études de peinture, il entre en 1936 à la P.C.L. (future Tōhō) où il devient l’assistant de Kajirō Yamamoto, déjà présent dans cette série. Il réalise son premier film, La Légende du grand judo, en 1943, en pleine guerre, et ne cessera plus de tourner jusqu’en 1993, livrant trente longs métrages qui feront de lui le cinéaste japonais le plus célébré et le plus étudié dans le monde entier. Nul doute que ses œuvres vont inspirer plusieurs générations.
Sommaire
- Pourquoi découvrir les films d’Akira Kurosawa ?
- Mon film préféré : Vivre (1952)
- Son film le plus connu : Les Sept Samouraïs (1954)
- Sa filmographie sélective
Pourquoi découvrir les films d’Akira Kurosawa ?

Kurosawa est le premier cinéaste japonais à avoir véritablement ouvert les portes de l’Occident au cinéma nippon : avec Rashōmon, Lion d’or à Venise en 1951 puis Oscar du meilleur film étranger, il permet la découverte mondiale non seulement de son propre travail, mais de tout un pan du cinéma japonais qui restera longtemps associé à son nom en Europe et en Amérique. Sa mise en scène, d’une inventivité visuelle stupéfiante, mêle la profondeur de champ, le montage dynamique et la gestion des mouvements de masse à une œuvre d’une richesse thématique rare, oscillant entre grandes fresques historiques de samouraïs et drames sociaux contemporains d’une intensité psychologique intense.
Sa collaboration avec l’acteur Toshirō Mifune, révélé en 1948 dans L’Ange ivre et présent dans seize de ses films, forme l’un des couples réalisateur-acteur les plus mythiques de toute l’histoire du cinéma mondial. Kurosawa puise son inspiration aussi bien dans la littérature occidentale (Shakespeare, Dostoïevski, Gorki) que dans les traditions narratives japonaises, créant une œuvre à la portée universelle qui influencera directement des cinéastes occidentaux majeurs, de Sergio Leone à George Lucas et Francis Ford Coppola, ces derniers contribuant même à produire ses films tardifs lorsque les studios japonais lui tournent le dos dans les années 1970.
Découvrir Kurosawa aujourd’hui, c’est donc explorer l’œuvre du cinéaste qui, plus que tout autre, a fait entrer le Japon dans l’histoire du cinéma mondial, et dont l’influence continue irriguer le septième art bien au-delà de ses propres frontières nationales.
Mon film préféré : Vivre (1952)

Mon film préféré de Kurosawa est Ikiru (Vivre), tourné entre Rashōmon et Les Sept Samouraïs, et pourtant si différent des grandes fresches épiques qui ont fait sa renommée internationale. Le film suit un modeste fonctionnaire municipal, rongé par un cancer en phase terminale, qui découvre dans les derniers mois de sa vie une raison d’exister en se battant pour faire construire un simple parc pour enfants dans un quartier défavorisé de Tokyo.
Ce qui me bouleverse dans ce film, c’est la manière dont Kurosawa parvient à transformer un récit d’une simplicité presque banale en une méditation universelle sur le sens de l’existence, loin de tout spectaculaire. La scène finale, où le personnage se balance seul sur une balançoire sous la neige en chantonnant une vieille chanson, reste l’une des images les plus poignantes de tout le cinéma japonais. C’est un Kurosawa intimiste et profondément humaniste, qui prouve que son génie ne se limitait pas aux grandes fresques de samouraïs.
Extrait du film :
Son film le plus connu : Les Sept Samouraïs (1954)

Le film qui reste indissociable du nom d’Akira Kurosawa dans le monde entier est Shichinin no samurai (Les Sept Samouraïs), sorti en 1954. Le récit suit un village de paysans japonais du XVIe siècle qui, ravagé par des bandits, recrute sept rōnins désargentés pour organiser sa défense. Porté par un Toshirō Mifune inoubliable dans le rôle du faux samouraï Kikuchiyo, le film devient à l’époque le plus cher jamais produit par la Tōhō, qui évite de peu la faillite pour le financer.
Le succès du film, couronné d’un Lion d’argent à Venise, dépasse largement les frontières du Japon et influence durablement le cinéma d’action mondial : sa structure narrative, sa gestion virtuose des scènes de bataille collective et l’universalité de son propos sur le sacrifice et l’honneur inspireront directement des œuvres occidentales majeures, à commencer par le western Les Sept Mercenaires. Encore aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands films jamais tournés, il incarne à lui seul la rencontre entre la tradition du chanbara japonais et une ambition narrative résolument universelle.
Avec Les Sept Samouraïs, Akira Kurosawa signe l’œuvre qui a le plus contribué à faire connaître le cinéma japonais au public occidental, et qui continue, plus de soixante-dix ans après sa sortie, d’influencer le cinéma d’action du monde entier.
La bande-annonce :
Sa filmographie sélective
- 1943 : La Légende du grand judo (Sugata Sanshirō), premier film
- 1948 : L’Ange ivre, premier film avec Toshirō Mifune
- 1950 : Rashōmon, Lion d’or à Venise
- 1952 : Vivre (Ikiru)
- 1954 : Les Sept Samouraïs (Shichinin no samurai)
- 1957 : Le Château de l’araignée (Kumonosu-jō), adaptation de Macbeth
- 1961 : Yojimbo
- 1963 : Entre le ciel et l’enfer
- 1985 : Ran, adaptation du Roi Lear
- 1990 : Rêves