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Tomu UCHIDA : Un cinéaste réaliste au destin marqué par l’Histoire

Tomu Uchida, un maître méconnu du cinéma social japonais. Né Tsunejirō Uchida en 1898 à Okayama, il part dès 16 ans travailler dans une fabrique de pianos à Yokohama, où il développe une fascination pour la culture occidentale, c’est de là que naît son pseudonyme « Tomu », contraction anglicisée de son prénom. Il commence une carrière d’acteur dans Amateur Club de Thomas Kurihara en 1920, tout en jouant au théâtre.

Entré à la Nikkatsu, il y devient assistant réalisateur en 1923, auprès de Minoru Murata et Kenji Mizoguchi. Fils d’artisans, profondément sensible à la vie des gens simples, Uchida est l’un des premiers réalisateurs qui dépeint un cinéma social et réaliste.

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Pourquoi découvrir les films de Tomu Uchida ?

Tomu Uchida est un cinéaste engagé, pris dans les tourments les plus violents de l’histoire du XXe siècle japonais et dont l’œuvre en porte les cicatrices avec réalisme et lucidité.

Il commence sa carrière dans le registre de la comédie et le jidai-geki, avant que ses films ne se muent peu à peu en de véritables satires sociales, puis en œuvres de plus en plus engagées, sous l’influence du cinéma soviétique qu’il admire beaucoup. Il devient l’une des figures majeures du keikō-eiga, ce cinéma de « tendance » proche des idées de gauche qui fleurit au Japon avant que la censure militariste ne l’étouffe totalement. Son chef-d’œuvre de cette période, *La Terre* (1939), est considéré comme le tout premier grand film paysan du cinéma japonais : tourné avec des acteurs non-professionnels, dans un souci de réalisme social rare pour l’époque, il documente sans fard la misère et la dureté du travail agricole.

Mais ce qui rend le destin d’Uchida si singulier, c’est la manière dont l’Histoire est venue fracturer sa carrière en deux : fervent nationaliste au moment de l’expansion militariste japonaise, il s’exile volontairement en 1940 en Mandchourie occupée pour y tourner des films au sein des studios Man’ei. À la fin de la guerre, il se retrouve prisonnier des autorités chinoises et reste bloqué en Chine jusqu’en 1953, où il découvre la pensée maoïste et connaît un temps le travail forcé. Cette expérience radicalement transformatrice nourrira, à son retour au Japon, une œuvre encore plus critique envers les rigidités sociales au Japon.


Mon film préféré : « Le Mont Fuji et la lance ensanglantée » (1955)

Il s’agit de son premier film après son retour de Chine en 1955.

Le Mont Fuji et la Lance ensanglantée est un film mêlant film de sabre et drame humain. À travers le voyage d’un groupe de voyageurs sur la route du Tōkaidō, le film dresse un portrait sensible de la société japonaise de l’époque d’Edo. Derrière son apparente simplicité, il explore les thèmes de l’honneur, des inégalités sociales et du sacrifice. Son final, d’une grande intensité émotionnelle, est aujourd’hui considéré comme l’un des plus marquants du cinéma japonais classique. Le film se distingue par son humanisme et sa mise en scène.


Son film le plus connu : « La Renarde folle » (1962)

Après son retour tardif au Japon et une longue traversée du désert de quatorze années passées en Chine, Tomu Uchida signe avec *Koi ya koi nasuna koi* (*La Renarde folle*) l’une des œuvres les plus audacieuses de sa seconde carrière. Le film, d’inspiration fantastique et empreint de kabuki stylisé, s’éloigne radicalement du réalisme social qui avait fait sa réputation avant-guerre, pour explorer un registre plus onirique et théâtral.

Ce virage esthétique surprend et convainc à la fois : le film remporte le Lion d’or au festival de Venise 1962, consacrant la renaissance artistique d’un cinéaste que l’on croyait pourtant définitivement effacé par les années de captivité. C’est aujourd’hui l’un des films d’Uchida les plus étudiés pour sa capacité à réinventer les codes visuels du théâtre traditionnel japonais au cinéma.

Avec *La Renarde folle*, Tomu Uchida prouve qu’il reste, malgré les épreuves traversées, l’un des cinéastes les plus inventifs de sa génération — même si, contrairement à Kurosawa ou Ozu, son œuvre est longtemps restée injustement inédite hors du Japon.

La bande annonce :


Sa filmographie sélective

– 1927 : *Les Chaussures* (premier film)
– 1929 : *La Poupée vivante*
– 1936 : *Le Théâtre de la vie*
– 1937 : *L’Avancée éternelle*
– 1939 : *La Terre* — Coupe Mussolini à Venise
– 1955 : *Le Mont Fuji et la lance ensanglantée* (premier film après son retour de Chine)
– 1962 : *La Renarde folle* — Lion d’or à Venise

– 1965 : *Le Détroit de la faim*
– 1961-1970 : cycle de six films sur Musashi Miyamoto (inachevé, Uchida meurt pendant le tournage du dernier volet)

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