Connaissez-vous Takeshi Sato ? Ce réalisateur japonais est né en 1903 et mort en 1978 (selon les rares sources disponibles). Il a travaillé pour le studio Nikkatsu est aujourd’hui presque exclusivement connu pour un seul film, mais un film qui a marqué durablement l’histoire du cinéma de propagande de guerre : « Chocolat et soldats« , sorti en 1938.
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Pourquoi découvrir Takeshi Sato ?
Le cas de Takeshi Sato illustre bien une réalité fréquente de l’histoire du cinéma japonais classique : des cinéastes de studio compétents, capables de livrer une œuvre marquante en une seule occasion, mais dont le reste de la carrière est resté largement dans l’ombre, faute d’archives ou d’études approfondies disponibles hors du Japon. Ce qui rend Chocolat et soldats si singulier, c’est justement la manière dont il détourne les codes attendus du film de propagande martiale : plutôt que d’exalter frontalement l’héroïsme guerrier, le film choisit de suivre le quotidien intime d’un soldat, père de famille, à travers sa correspondance avec son jeune fils resté au pays.
Cette approche, que les historiens du cinéma qualifient aujourd’hui de « film humaniste », a fasciné jusqu’à Hollywood : le réalisateur américain Frank Capra, pourtant lui-même maître du cinéma de propagande outre-Atlantique, aurait déclaré à propos du film qu’il était impossible à égaler, faute d’acteurs capables d’une telle sincérité. Le film va jusqu’à représenter les soldats chinois ennemis comme des individus courageux et dignes, une nuance assez rare dans la production de propagande japonaise de cette période.
Découvrir le cinéma de Takeshi Sato aujourd’hui, c’est donc se pencher sur l’un des cas les plus intéressants de la production de guerre japonaise des années 1930 : une œuvre de commande qui parvient, par la grâce d’une mise en scène sensible, à transcender largement son cadre idéologique d’origine.
Une dimension humaniste inattendue

Ce qui me frappe le plus dans Chocolat et soldats, c’est ce dispositif narratif d’une simplicité redoutable : un père de famille modeste, parti au front, garde le lien avec son fils à travers les emballages de chocolat qu’il collectionne auprès de ses camarades de combat, pour que l’enfant puisse les échanger contre une boîte gratuite de friandises. Lorsque le père se porte finalement volontaire pour une mission suicide, le film choisit de faire coïncider l’annonce de sa mort avec l’arrivée du chocolat tant attendu par son fils.
C’est une idée de mise en scène d’une cruauté et d’une tendresse mêlées, qui dit beaucoup de la manière dont le cinéma de propagande japonais de la fin des années 1930 savait parfois emprunter les outils du mélodrame le plus intime pour toucher son public, bien plus efficacement qu’à travers l’exaltation martiale frontale.
Son film le plus connu : Chocolat et soldats (1938)

Le film qui définit à lui seul, aujourd’hui, la place de Takeshi Sato dans l’histoire du cinéma japonais est « Chokorēto to Heitai » (Chocolat et soldats), sorti le 30 novembre 1938. Considéré comme l’un des films de propagande les plus efficaces de la fin des années 1930 au Japon, il présente le soldat japonais ordinaire non pas comme une simple figure héroïque abstraite, mais comme un individu et un père de famille à part entière, tout en accordant une attention rare aux soldats chinois ennemis, eux aussi montrés comme des combattants courageux.
Porté notamment par les acteurs Kamatari Fujiwara et une toute jeune Hideko Takamine, future égérie de Mikio Naruse, le film ouvre d’ailleurs, plusieurs décennies plus tard, un cycle de projections consacré au cinéma japonais de la Seconde Guerre mondiale organisé par la Japan Society aux États-Unis signe de l’intérêt toujours vivace que suscite cette œuvre auprès des historiens du cinéma.