Je vous présente un cinéaste au destin singulier, longtemps resté dans l’ombre des plus célèbres réalisateurs du studio Shōchiku : Hiroshi Shimizu. Né le 28 mars 1903, il entre au studio dès 1922 comme assistant et tourne son premier film, Au-delà du col, en 1924. D’une prolificité stupéfiante, 166 films tournés en un peu plus de quarante ans de carrière, dont une centaine rien que pour la période 1924-1934, aujourd’hui pour la plupart perdus, Shimizu épouse en 1927 la légende (actrice et réalisatrice) Kinuyo Tanaka, avec qui il tournera dix-huit films, malgré une union qui ne durera qu’un peu plus d’un an.
Il meurt en 1966, laissant derrière lui une œuvre encore trop peu connue en dehors du Japon.
Sommaire
- Pourquoi découvrir les films de Hiroshi Shimizu ?
- Mon film préféré : Les Enfants dans le vent (1937)
- Son film le plus connu : Les Enfants de la ruche (1948)
- Sa filmographie sélective
Pourquoi découvrir les films de Hiroshi Shimizu ?

Shimizu occupe une place singulière dans l’histoire du cinéma japonais classique : discret, généreux envers ses collègues, c’est lui qui relance la carrière d’un Yasujirō Ozu un temps boudé par le public, en lui écrivant les histoires originales de J’ai été diplômé, mais… (1929) puis de Va d’un pas léger (1930), il choisit de s’effacer après-guerre devant les cinéastes devenus emblématiques de la Shōchiku pour se consacrer entièrement à filmer les plus vulnérables : enfants, mères seules, réfugiés, orphelins de guerre.
Son cinéma se distingue par une mise en scène naturaliste, tournée en grande partie en décors réels, et par un usage précoce et généreux d’acteurs non-professionnels, souvent des enfants eux-mêmes filmés dans leur environnement quotidien. Loin de tout misérabilisme ou de toute sensiblerie facile, Shimizu observe l’enfance avec la même gravité et la même dignité que des adultes, dans des œuvres d’une empathie constante mais toujours retenue. Sa filmographie consacrée à l’enfance, Les Enfants dans le vent (1937), Les Quatre Saisons des enfants (1939), La Tour d’introspection (1941), Les Enfants de la ruche (1948) constitue aujourd’hui l’un des corpus les plus attachants et les plus formellement inventifs du cinéma japonais classique sur ce thème.
Autre point passionnant de du cinéma de Shimizu, c’est que la plupart des premiers films ne propose aucune intrigue digne de ce nom, mais s’apparente au contraire à une succession d’épisodes liés les uns avec les autres. Ils ressemblent à des épisodes tirés de la vie quotidienne ou l’humour et la bonne humeur sont toujours présents.
Découvrir Shimizu aujourd’hui, c’est donc redécouvrir un cinéaste au regard d’une humanité rare, capable de transformer les tragédies du Japon du XXe siècle (la pauvreté, la guerre, l’abandon) en récits d’une tendresse et d’une pudeur bouleversantes.
Mon film préféré : Les Enfants dans le vent (1937)

Tourné en pleine montée du militarisme japonais, Les Enfants dans le vent (Kaze no naka no kodomo) est mon film préféré de Shimizu. Il suit deux jeunes frères dont le quotidien insouciant bascule lorsque leur père est injustement accusé de malversation et emprisonné, forçant l’aîné à être envoyé chez un oncle tandis que le cadet reste seul à affronter les remous de cette crise familiale.
Ce que j’aime dans ce film, c’est le regard que Shimizu porte sur ses jeunes acteurs : il ne les filme jamais en victimes passives, mais comme des êtres à part entière, capables de résilience, de colère et de joie au milieu même de l’adversité. La caméra de Shimizu, mobile et légère, épouse littéralement le point de vue des enfants, une prouesse de mise en scène comme rarement dans l’histoire du cinéma.
Son film le plus connu : Les Enfants de la ruche (1948)

Le film qui reste aujourd’hui le plus identifié à Hiroshi Shimizu, c’est Hachi no su no kodomotachi (Les Enfants de la ruche, parfois traduit Les Enfants du nid d’abeilles), sorti en 1948. Le film suit un soldat démobilisé, sans famille ni destination, qui croise en gare de Shimonoseki un groupe d’enfants orphelins de guerre livrés à eux-mêmes, contraints de survivre en pratiquant de petits trafics de marché noir sous la coupe d’un homme sans scrupules.
La genèse du film est aussi bouleversante que son sujet : Shimizu a lui-même recueilli chez lui plusieurs orphelins de guerre réels, confiant leur éducation au réalisateur alors sans emploi Tadamoto Ōkubo, avant de fonder sa propre société de production indépendante, La Production de la ruche, pour tourner ce film avec eux — son tout premier long métrage depuis son départ de la Shōchiku à la fin de la guerre. Tourné intégralement en extérieurs avec des acteurs non-professionnels (à l’exception de quelques rôles adultes), le film évite soigneusement tout pathos artificiel pour offrir un témoignage d’une rare authenticité sur le Japon dévasté de l’immédiat après-guerre, où l’on comptait alors près de 120 000 orphelins livrés à eux-mêmes.
Avec Les Enfants de la ruche, Hiroshi Shimizu signe l’un des documents les plus poignants du cinéma japonais sur les conséquences sociales de la défaite et ouvre une série féconde de films consacrés aux plus vulnérables, qu’il poursuivra tout au long des années 1950.
Sa filmographie sélective
Une grande partie de l’œuvre muette de Shimizu (période 1924-1934) est aujourd’hui perdue. Parmi ses films les plus marquants encore accessibles :
- 1937 : Les Enfants dans le vent (Kaze no naka no kodomo)
- 1939 : Les Quatre Saisons des enfants (Kodomo no shiki)
- 1941 : La Tour d’introspection (Mikaeri no tō)
- 1948 : Les Enfants de la ruche (Hachi no su no kodomotachi)
- 1950 : L’Amour d’une mère (Bojō)
- 1951 : Ce que sont devenus les enfants de la ruche (Sono go no hachi no su no kodomotachi)
- 1952 : Les Enfants du Grand Bouddha (Daibutsu-sama to kodomotachi)
- 1955 : L’École Shiinomi (Shiinomi gakuen)