Aller au contenu
Accueil - Mansaku ITAMI – Le scénariste devenu maître du film historique

Mansaku ITAMI – Le scénariste devenu maître du film historique

Aujourd’hui, je vous présente Mansaku Itami, de son vrai nom Yoshitoyo Ikeuchi, né le 2 janvier 1900 à Matsuyama, dans la préfecture d’Ehime. Après des débuts hésitants comme tenancier de restaurant raté, compagnon d’une troupe d’acteurs ambulants, c’est une rencontre décisive avec Daisuke Itō, qui l’héberge à Kyoto en 1927, qui le lance dans l’écriture de scénarios puis dans la réalisation. En un peu moins de vingt ans de carrière, avant que la tuberculose ne l’emporte prématurément en 1946, Itami tourne 22 films et en écrit une trentaine.

Sommaire


Pourquoi découvrir les films de Mansaku Itami ?

Aux côtés de Daisuke Itō et de Sadao Yamanaka, Mansaku Itami compte parmi les grands cinéaste du jidai-geki (film historique) des années 1930. Mais là où Itō privilégie la révolte et l’énergie physique, Itami grand admirateur du cinéma occidental préfère une approche plus intimiste et souvent teintée d’ironie douce. Ses héros de samouraïs ne sont plus des figures de bravoure épique : dans L’Espion Akanishi Kakita, le protagoniste préfère son chat à son sabre et se plaint de douleurs d’estomac, une manière discrètement subversive d’humaniser et de désacraliser la figure guerrière traditionnelle, à contre-courant du militarisme ambiant des années 1930.

Cette sensibilité critique, presque satirique, se retrouve aussi dans son rapport compliqué à la propagande de son époque : en 1937, sa coproduction avec le cinéaste allemand Arnold Fanck, La Nouvelle Terre, tourne au désaccord esthétique et idéologique entre les deux hommes, aboutissant à deux montages distincts du même film. Formé à l’écriture avant la mise en scène, Itami reste également l’un des grands scénaristes de sa génération : cloué au lit par la maladie dès 1938, il continue d’écrire des scénarios et des essais critiques, et prend sous son aile le jeune Shinobu Hashimoto, qui deviendra plus tard le scénariste de Rashōmon pour Akira Kurosawa, un fil invisible qui relie Itami à l’âge d’or du cinéma japonais qu’il n’aura pas connu.

Découvrir Itami aujourd’hui, c’est explorer une forme de jidai-geki plus feutré, avec beaucoup d’humour, porté par un regard ironique et humaniste sur l’Histoire japonaise.

 


Mon film préféré : « L’Espion Akanishi Kakita » (1936)

C’est mon film préféré de Mansaku Itami, et sans doute celui qui illustre le mieux sa singularité au sein du jidai-geki des années 1930. Adapté d’une nouvelle de Naoya Shiga, le film suit un espion samouraï chargé d’infiltrer un clan rival, mais dont le comportement fantasque et anti-héroïque, sa tendresse pour son chat, ses malaises digestifs tranche radicalement avec l’image du guerrier stoïque que le cinéma historique de l’époque mettait généralement en scène.

Ce que j’aime dans ce film, c’est cette manière si personnelle qu’a Itami de désamorcer le grand récit héroïque par petites touches d’humour et d’humanité, sans jamais sombrer dans la parodie facile. C’est un film d’une intelligence et d’une élégance rares, qui témoigne du regard singulier qu’Itami portait sur l’Histoire de son pays, un regard qui, avec le recul, prend une dimension presque discrètement critique du culte du sabre en pleine montée du militarisme japonais.


Son film le plus connu : « L’Incomparable Patriote » (1932)

Le film qui a véritablement révélé Mansaku Itami au grand public reste Kokushi musō (L’Incomparable Patriote), sorti en 1932 avec Chiezō Kataoka en tête d’affiche. Il s’agit d’un des tout premiers grands succès de la collaboration entre Itami et cet acteur vedette, pour lequel le cinéaste crée des personnages de films historiques d’un genre nouveau : plus humains, plus faillibles, plus ordinaires que les archétypes du jidai-geki classique.

Le film n’a hélas pas traversé les décennies dans son intégralité. Seuls quelques fragments subsistent aujourd’hui, la majeure partie de la pellicule originale ayant disparu, un sort malheureusement commun à une grande partie du cinéma muet japonais. Sa popularité fut telle à l’époque qu’un remake sera tourné en 1986, avec Itami toujours crédité au scénario original, quarante ans après sa mort.

Malgré son état fragmentaire, Kokushi musō reste considéré comme l’un des jalons essentiels de l’évolution du jidai-geki vers un registre plus humain et plus nuancé, une évolution que Mansaku Itami aura portée avec une constance rare tout au long de sa trop courte carrière.


Sa filmographie sélective

La majeure partie de l’œuvre muette de Mansaku Itami est aujourd’hui perdue ou fragmentaire. Voici les films dont il subsiste des copies complètes ou substantielles :

  • 1932 : L’Incomparable Patriote (Kokushi musō, fragments seulement)
  • 1935 : Chūji Uridasu
  • 1935 : Le Jeune Homme capricieux (Sengoku kitan: Kimagure kaja)
  • 1936 : L’Espion Akanishi Kakita (Akanishi Kakita)
  • 1937 : Pays natal (Furusato)
  • 1937 : La Nouvelle Terre (Atarashiki tsuchi, coproduction germano-japonaise)
  • 1938 : La Légende du géant (Kyojin-den, adaptation des Misérables, son dernier film)
  • 1948 : Te o tsunagu kora (scénario posthume)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Menu
error: Content is protected !!