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Toshiya FUJITA – Présentation du réalisateur japonais

Je vous présente un cinéaste dont la reconnaissance en Occident tient presque à un malentendu : Toshiya Fujita. Né le 16 janvier 1932 à Pyongyang, alors sous occupation japonaise, il étudie à l’université de Tokyo avant de rejoindre le studio Nikkatsu en 1955, où il travaille d’abord comme attaché de presse, scénariste puis assistant réalisateur auprès de Koreyoshi Kurahara et Toshio Masuda. Il passe à la réalisation en 1967, un premier film qui lui vaut immédiatement le prix du meilleur nouveau réalisateur décerné par le syndicat des réalisateurs japonais. En trente ans de carrière, jusqu’à sa mort en 1997, il tourne une trentaine de longs métrages, principalement pour la Nikkatsu.

Sommaire

 


Pourquoi découvrir les films de Toshiya Fujita ?

Fujita incarne une trajectoire révélatrice des mutations du cinéma populaire japonais des années 1960 et 1970 : au Japon, il reste avant tout connu pour ses films de jeunesse désabusée, entre la série Kōgakusei furyō (Adolescents délinquants) et la série Stray Cat Rock, portraits nerveux d’une génération en rupture avec la société de l’après-guerre économique. En Occident, en revanche, sa réputation repose presque exclusivement sur deux films atypiques dans sa filmographie, produits par une compagnie indépendante durant une pause dans son contrat avec la Nikkatsu : Lady Snowblood (1973) et sa suite, devenues cultes des décennies plus tard grâce à l’admiration déclarée de Quentin Tarantino, qui s’en inspirera directement pour Kill Bill.

Cette dimension d’exploitation, qui a fait sa gloire posthume à l’international, cache pourtant un cinéaste bien plus subtil, capable de mettre l’imagerie du cinéma érotique de la Nikkatsu (le fameux roman porno) au service d’une exploration sincère de la résistance des corps et des esprits face aux contraintes d’une société japonaise de plus en plus normative. Son film Les Jours qui ne reviennent pas (1978) lui vaut d’ailleurs le prix du meilleur réalisateur au classement annuel du prestigieux magazine Kinema Junpō, preuve que sa reconnaissance critique au Japon dépassait largement le seul succès populaire de ses films de genre.

Découvrir Fujita aujourd’hui, c’est donc dépasser l’image d’auteur de série B que lui a valu son succès international tardif, pour explorer une œuvre bien plus riche sur la jeunesse et la marginalité dans le Japon de l’après-miracle économique.


Mon film préféré : Lady Snowblood (1973)

Mon film préféré de Fujita est bien sûr Shurayuki-hime (Lady Snowblood), adapté du manga de Kazuo Koike et Kazuo Kamimura, porté par une Meiko Kaji devenue depuis une icône absolue du cinéma de genre japonais. Le film suit Yuki, jeune femme élevée depuis l’enfance dans le seul but d’assouvir une vengeance héritée de sa mère, contre les hommes responsables du meurtre de sa famille durant l’ère Meiji.

Ce qui me fascine dans ce film, c’est justement son statut d’anomalie dans la carrière de Fujita, tourné en dehors de son studio habituel durant une parenthèse indépendante, et dont la stylisation visuelle éclatante, entre esthétique picturale et violence chorégraphiée, a fini par éclipser à l’international le reste d’une filmographie pourtant bien plus ancrée dans le réalisme social. C’est un juste retour des choses que ce film, longtemps considéré comme mineur dans l’œuvre de son auteur, soit devenu la porte d’entrée la plus évidente vers la découverte de Fujita pour les cinéphiles occidentaux.

L’histoire : Elevée dès sa naissance pour assassiner ceux qui ont violé sa mère et l’ont laissé croupir dans une prison où elle est morte en couches, Yuki est formée aux arts martiaux et au maniement du sabre. La redoutable Lady Snowblood erre à travers le Japon. Tel un démon dont la vengeance ne sera assouvie que par le sang de ceux qui l’ont privé de son enfance.

La bande-annonce :


Son film le plus connu : Le Sable mouillé d’août (1971)

Le film qui reste aujourd’hui le plus emblématique du cinéma de jeunesse de Toshiya Fujita est Hachigatsu no nureta suna (Le Sable mouillé d’août), sorti en 1971. Le film se déroule lors d’une fin d’été à Shōnan, station balnéaire au sud de Tokyo, où un jeune homme renvoyé du lycée pour une affaire de viol collectif erre avec ses amis dans une oisiveté teintée de violence et de désenchantement.

Fujita y capte avec une acuité rare le désœuvrement d’une jeunesse japonaise confrontée à la vacuité d’un Japon en pleine expansion économique, mais incapable d’offrir à cette génération le moindre horizon de sens.

Avec Le Sable mouillé d’août, Toshiya Fujita livre l’un des portraits les plus justes et les plus mélancoliques de la jeunesse japonaise du début des années 1970, une œuvre qui mériterait d’être aussi connue en Occident que ses films de vengeance les plus spectaculaires.

L’histoire : Kenichiro est une adolescent désabusé et révolté contre l’hypocrisie des adultes. Elle est renvoyé de son lycée pour avoir frappé le directeur. Il se met à boire, à faire des avances aux filles, et à se montrer violent avec son beau-père.


Sa filmographie sélective

  • 1967 : Hikō shōnen : Hinode no sakebi, premier film
  • 1970 : Stray Cat Rock : Wild Jumbo
  • 1971 : Le Sable mouillé d’août (Hachigatsu no nureta suna)
  • 1973 : Lady Snowblood (Shurayuki-hime)
  • 1974 : Lady Snowblood 2 : Love Song of Vengeance
  • 1978 : Les Jours qui ne reviennent pas (Kaerazaru hibi), prix Kinema Junpō du meilleur réalisateur

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