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Kon ICHIKAWA – L’un des cinéastes japonais les plus importants de l’après guerre

Il s’agit de l’un des cinéastes les plus formellement inventifs de sa génération, longtemps resté sous-estimé en dehors du Japon : Kon Ichikawa. Né le 20 novembre 1915 à Ise, dans la préfecture de Mie, il effectue des études commerciales avant de débuter en 1933 comme créateur de dessins animés aux studios Jenkins-Osawa de Kyoto. Il devient ensuite assistant réalisateur à la Tōhō, notamment auprès de Yutaka Abe, avant de réaliser en 1945 son premier long métrage, La Fille du temple Dōjō, entièrement tourné avec des marionnettes animées et aussitôt censuré par les autorités américaines d’occupation pour « esprit féodal ». En près de quatre-vingt-dix films tournés entre 1945 et 2006, il traverse toute l’histoire du cinéma japonais d’après-guerre avec un style d’une étonnante diversité.

Sommaire


Pourquoi découvrir les films de Kon Ichikawa ?

Ichikawa occupe une place à part parmi les grands cinéastes japonais de l’âge d’or : touche-à-tout d’une virtuosité rare, il excelle aussi bien dans la comédie satirique la plus mordante que dans le drame de guerre le plus poignant, privilégiant souvent le cinémascope et les objectifs grand angle pour composer des images d’une esthétique proche du théâtre kabuki. Ses scénarios, le plus souvent coécrits avec son épouse Natto Wada, adaptent avec une fidélité et une intelligence remarquables de grands auteurs de la littérature japonaise, de Yukio Mishima à Jun’ichirō Tanizaki en passant par Sōseki Natsume.

Sa reconnaissance internationale s’installe véritablement à partir de 1956 avec La Harpe de Birmanie, l’histoire d’un soldat japonais devenu bonze bouddhiste pour enterrer ses camarades morts, qui lui vaut le prix San Giorgio à Venise. Suivent Le Train bondé (1957), l’une des satires les plus caustiques jamais tournées sur la société japonaise, puis la trilogie qui installe définitivement sa réputation à Cannes et Venise : Le Pavillon d’or (1958), L’Étrange Obsession (1959) et Feux dans la plaine (1959). Ses films alternent ainsi constamment entre un pacifisme nuancé d’humour noir et une exploration sans concession des zones les plus sombres de la nature humaine.

Découvrir Ichikawa aujourd’hui, c’est donc explorer l’œuvre d’un styliste d’une exigence formelle constante, dont la diversité de tons et la profondeur des adaptations littéraires méritent amplement leur place aux côtés des plus grands noms du cinéma japonais classique.


Mon film préféré : Feux dans la plaine (1959)

Mon film préféré d’Ichikawa est Nobi (Feux dans la plaine), adapté du roman de l’écrivain Shōhei Ōoka, lui-même vétéran de la campagne des Philippines. Le film suit un soldat japonais tuberculeux, abandonné à son sort dans la jungle philippine à la toute fin de la guerre, livré à une faim et une déshumanisation croissantes qui le confrontent à l’horreur ultime du cannibalisme entre soldats affamés.

Ce qui me bouleverse dans ce film, c’est la manière dont Ichikawa restitue, sans le moindre effet spectaculaire ni la moindre complaisance, l’expérience insoutenable de la débâcle japonaise, loin de toute geste héroïque. C’est l’un des films antimilitaristes les plus radicaux et les plus dérangeants de tout le cinéma japonais, porté par une mise en scène d’une sécheresse clinique qui rend l’horreur d’autant plus insupportable qu’elle est filmée avec une distance presque documentaire.

L’histoire : Les derniers jours de l’armée impériale japonaise aux Philippines en 1945. Au centre de l’histoire, le soldat Tamura, qui fuit désespérément dans les plaines comme tant de ses compagnons traqués par les guérilleros qui les signalent au moyen de feux. Dans une atmosphère de fin du monde, les derniers survivants s’entretuent pour survivre.

La bande annonce :


Son film le plus connu : Le Pavillon d’or (1958)

Le film qui reste aujourd’hui le plus célébré de Kon Ichikawa est Enjō (Le Pavillon d’or, littéralement « Le Brasier »), sorti en 1958, adaptation du roman de Yukio Mishima lui-même inspiré d’un fait divers réel : l’incendie criminel, en 1950, de l’un des plus illustres trésors nationaux du Japon, le pavillon d’or du temple Rokuon-ji à Kyoto. Le film suit un jeune bonze bègue et tourmenté, obsédé par la beauté absolue du pavillon au point de vouloir la détruire pour s’en libérer.

Le critique et historien du cinéma Donald Richie a particulièrement salué l’usage de l’architecture dans le film, soulignant qu’elle en constitue littéralement le sujet central. Ichikawa parvient à traduire visuellement, par le seul langage du cinémascope et du noir et blanc contrasté, la tension psychologique complexe qui pousse son protagoniste vers l’acte destructeur, offrant l’une des adaptations les plus abouties jamais réalisées d’une œuvre de Mishima.

Avec Le Pavillon d’or, Kon Ichikawa signe l’une des œuvres les plus formellement maîtrisées de sa filmographie, une méditation visuelle sur la beauté, l’obsession et la destruction qui continue de fasciner les cinéphiles du monde entier.

L’histoire : Goichi Mizoguchi, conformément aux dernières volontés de son père, est pris en charge par le bonze Tayama du temple Shukaku, le « Pavillon d’Or ». Des touristes visitent le temple. Un couple s’amuse. Pour le jeune homme, ces gens souillent l’image sacrée qu’il a du temple. Peu après, Mizoguchi aperçoit Tayama accompagné d’une geisha. Plein de désillusion, il va tout faire pour rendre sa pureté au Temple.

La bande annonce :


Sa filmographie sélective

  • 1945 : La Fille du temple Dōjō, premier film
  • 1956 : La Harpe de Birmanie (Biruma no tategoto)
  • 1957 : Le Train bondé (Man’in densha)
  • 1958 : Le Pavillon d’or (Enjō)
  • 1959 : L’Étrange Obsession (Kagi)
  • 1959 : Feux dans la plaine (Nobi)
  • 1960 : Tendre et folle adolescence (Otōto)
  • 1963 : La Vengeance d’un acteur (Yukinojō henge)
  • 1965 : Tokyo Olympiad, documentaire sur les Jeux olympiques de 1964
  • 1983 : Les Quatre Sœurs (Sasame-yuki)

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