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Sadao YAMANAKA – L’étoile filante du cinéma japonais des années 1930

C’est l’un des destins les plus tragiques et les plus fascinants de cette histoire : Sadao Yamanaka. Né en 1909 à Kyoto, il entre dans la société de production de Masahiro Makino dès la fin de ses études, avant de rejoindre celle de l’acteur Kanjūrō Arashi, pour lequel il écrit de nombreux scénarios. Il réalise son premier film, « Le Sabre de chevet » en 1932, à seulement 23 ans. En un peu moins de sept années de carrière, il tourne une vingtaine de films dont trois seulement nous sont parvenus dans un état quasi complet, avant d’être mobilisé et de mourir au front en Chine en 1938, à l’âge de 28 ans.

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Pourquoi découvrir les films de Sadao Yamanaka ?

Considéré au Japon comme l’un des plus grands génies précoces du jidai-geki, Yamanaka a développé en quelques années à peine un style d’une modernité stupéfiante : ses films, souvent centrés sur des petites gens désargentées d’Edo, ronins désœuvrés, artisans, marginaux, évitent soigneusement le grand spectacle héroïque pour privilégier une observation fine, presque documentaire, de la misère et de la solidarité populaire. Deux de ses films, Tange Sazen (1935) et Pauvres humains et ballons de papier (1937), figurent parmi les 25 meilleurs films japonais de tous les temps selon un classement établi en 2009 par des experts japonais du cinéma.

L’histoire de Yamanaka est aussi celle d’un gâchis immense : mobilisé le jour même de la sortie de son dernier film, il part combattre en Mandchourie puis en Chine, participe à la bataille de Nankin puis à celle de Xuzhou, avant de mourir d’une gastro-entérite aiguë dans un hôpital militaire, loin de tout, à 28 ans à peine. La quasi-totalité de son œuvre a aujourd’hui disparu, ce qui rend chacun des trois films survivants d’autant plus précieux.

Découvrir Yamanaka aujourd’hui, c’est donc se confronter à l’un des plus grands « et si » de l’histoire du cinéma japonais : celui d’un cinéaste dont le génie, à peine éclos, a été brutalement arraché par la guerre et dont l’admiration de Kurosawa lui-même donne la mesure du potentiel perdu.


Mon film préféré : Le Pot d’un million de ryōs (1935)

Mon film préféré de Yamanaka est Tange Sazen yowa : Hyakuman ryō no tsubo (Le Pot d’un million de ryōs), sorti en 1935. Le récit détourne avec malice les codes du chanbara classique : au lieu de suivre la quête héroïque autour d’un fabuleux trésor caché dans un pot, le film s’attarde sur la vie quotidienne du samouraï borgne et manchot Tange Sazen, qui héberge malgré lui l’objet convoité sans même s’en soucier, davantage préoccupé par ses relations avec les habitants modestes de son quartier.

Ce que j’aime dans ce film, c’est l’ironie tendre avec laquelle Yamanaka désamorce en permanence les attentes du genre : l’intrigue de trésor n’est qu’un prétexte, l’essentiel se joue ailleurs, dans la chronique savoureuse d’une petite communauté populaire. C’est un film d’une liberté de ton stupéfiante pour l’époque, et qui témoigne du regard profondément humaniste que Yamanaka portait sur les laissés-pour-compte de la société d’Edo.


Son film le plus connu : Pauvres humains et ballons de papier (1937)

Le film qui reste aujourd’hui le plus célèbre de Sadao Yamanaka, et considéré comme son testament artistique, c’est Ninjō kami fūsen (Pauvres humains et ballons de papier, aussi traduit Humanité et ballons de papier), sorti en août 1937. Le film suit les habitants d’un quartier pauvre de l’Edo du XVIIIe siècle : un ronin sans emploi, incapable de remettre une lettre écrite par son défunt père à un chef de clan qui l’ignore obstinément, et un coiffeur pris dans l’engrenage d’une dette de jeu qui va précipiter la communauté tout entière vers la tragédie.

Le ton profondément pessimiste du film, résolument éloigné de toute glorification martiale, déplaît fortement à la censure de l’époque, alors même que le Japon s’enfonçait dans la guerre : Yamanaka perd son sursis d’exemption militaire et reçoit son ordre de mobilisation le jour même de la sortie du film. Dans l’après-midi de cette même journée, il se rend, bouleversé, chez Yasujirō Ozu pour lui annoncer la nouvelle. Le film, aujourd’hui unanimement salué pour la beauté sobre de sa mise en scène et la profondeur de son regard social, est devenu à titre posthume l’un des sommets absolus du cinéma japonais classique.

Avec Pauvres humains et ballons de papier, Sadao Yamanaka livre, sans le savoir, son chant du cygne, une œuvre d’une maturité artistique et d’une gravité poignante pour un cinéaste mort à peine un an plus tard.


Sa filmographie sélective

Sur la vingtaine de films tournés par Yamanaka, seuls une poignée existent dans un état intact :

  • 1932 : Le Sabre de chevet (Dakine no nagawakizashi, premier film, aujourd’hui perdu)
  • 1935 : Le Pot d’un million de ryōs (Tange Sazen yowa: Hyakuman ryō no tsubo)
  • 1936 : Kōchiyama Sōshun (Le Prêtre des ténèbres)
  • 1937 : Pauvres humains et ballons de papier (Ninjō kami fūsen, dernier film)

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