Aller au contenu
Accueil - Yasujirō OZU : le poète du quotidien de la famille

Yasujirō OZU : le poète du quotidien de la famille

C’st certainement le réalisateur que je préfère. Yasujirō Ozu m’a fait découvrir le cinéma japonais. Le premier film que j’ai vu est « bonjour » lorsque j’avais 11 ans. Lui est né le 12 décembre 1903 à Tokyo dans le quartier de Furukawa, fils cadet d’un grossiste en engrais, il passe une partie de son adolescence loin de son père, resté seul à Tokyo pour son commerce, pendant que le reste de la famille s’installe à Matsusaka. Passionné de cinéma hollywoodien dès le lycée, il échoue aux examens d’entrée à l’université et travaille un temps comme instituteur remplaçant avant d’entrer, sur recommandation d’un oncle, aux studios Shōchiku de Kamata en 1923, d’abord comme assistant opérateur. Il devient réalisateur en 1927 et tourne, jusqu’à sa mort en 1963, 53 films, tous produits par la même compagnie.

Sommaire


Pourquoi découvrir les films de Yasujirō Ozu ?

Ozu occupe une place tout à fait singulière dans l’histoire du cinéma mondial : cinéaste du shomin-geki, ce cinéma du quotidien centré sur les petites gens, il développe au fil des décennies un style d’une épure radicale, à contre-courant des conventions cinématographiques les plus établies. Sa caméra, positionnée en permanence à hauteur d’un homme accroupi sur un tatami, refuse les mouvements d’appareil (travellings, panoramiques) au profit de plans fixes et de champs-contrechamps à 180 degrés qui deviendront sa signature absolue. « Je n’aime pas regarder les gens d’en haut, disait-il. Voilà pourquoi il faut toujours que la caméra soit à l’horizontale. »

Ce dépouillement esthétique n’est jamais gratuit : il traduit avec une justesse bouleversante l’humilité de personnages aux prises avec les contraintes familiales et sociales du Japon en pleine mutation, du mariage des enfants à la solitude des parents vieillissants. Ses films des années 1949 à 1963, coécrits avec son fidèle scénariste Kogo Noda, sont aujourd’hui unanimement considérés comme l’apogée absolue de son œuvre. Paradoxalement, Ozu restera longtemps méconnu en Occident, jugé par les studios japonais eux-mêmes « trop japonais » pour voyager, avant que sa découverte tardive (1978 seulement en France) ne le révèle comme l’un des plus grands cinéastes de l’histoire du septième art.

Découvrir Ozu aujourd’hui, c’est donc faire l’expérience d’un cinéma d’une lenteur et d’une contemplation rares, qui, sous une apparente simplicité, atteint une profondeur émotionnelle et philosophique universelle sur le temps qui passe et la dissolution progressive de la famille traditionnelle japonaise.

Voir ma vidéo (introductive) sur le cinéma de Ozu :


Mon film préféré : Printemps tardif (1949)

Mon film préféré d’Ozu est Banshun (Printemps tardif), qui ouvre la période la plus admirée de sa filmographie et marque le début de sa collaboration la plus emblématique avec l’actrice Setsuko Hara. Le film raconte l’histoire d’une jeune femme vivant heureuse auprès de son père veuf, que celui-ci pousse pourtant à se marier, quitte à lui faire croire, par un mensonge protecteur, qu’il envisage lui-même de se remarier pour la libérer de sa culpabilité de le quitter.

Ce qui me touche tant dans ce film, c’est la manière dont Ozu parvient à faire ressentir, sous une intrigue en apparence anodine, un déchirement d’une intensité rare entre l’amour filial et la nécessité de suivre le cours naturel de la vie. La scène finale, où le père se retrouve seul à éplucher une pomme dans le silence de sa maison désormais vide, est l’une des plus bouleversantes de toute l’histoire du cinéma japonais.

La bande-annonce :


Son film le plus connu : Voyage à Tokyo (1953)

Le film qui reste indissociable du nom de Yasujirō Ozu dans le monde entier est Tōkyō monogatari (Voyage à Tokyo), sorti en 1953. Le film suit un vieux couple de la campagne japonaise venu rendre visite à ses enfants installés à Tokyo, qui les accueillent avec une indifférence polie, trop absorbés par leur propre vie urbaine pour leur accorder une véritable attention, à l’exception notable de leur belle-fille, veuve d’un fils mort à la guerre, seule à leur témoigner une réelle tendresse.

Il perfectionne à son plus haut degré la technique des plans fixes filmés à hauteur de tatami, tout en dressant un portrait d’une lucidité déchirante sur l’effritement des liens familiaux dans le Japon de la modernisation d’après-guerre. Longtemps ignoré en Occident, faute de distribution, le film finit par être reconnu comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de toute l’histoire du cinéma, figurant régulièrement en tête des classements internationaux les plus prestigieux, dont celui du British Film Institute.

Avec Voyage à Tokyo, Yasujirō Ozu livre une méditation universelle sur la solitude, le temps qui passe et la dissolution de la famille traditionnelle, un film dont la portée émotionnelle continue de toucher les spectateurs du monde entier, plus de soixante-dix ans après sa sortie.

La bande annonce :


Sa filmographie sélective

  • 1927 : Le Sabre de pénitence, premier film
  • 1929 : J’ai été diplômé, mais…
  • 1932 : Gosses de Tokyo
  • 1936 : Le Fils unique, premier film parlant
  • 1949 : Printemps tardif (Banshun)
  • 1951 : Été précoce (Bakushū)
  • 1953 : Voyage à Tokyo (Tōkyō monogatari)
  • 1956 : Crépuscule à Tokyo
  • 1958 : Fleurs d’équinoxe, premier film en couleur
  • 1959 : Bonjour
  • 1962 : Le Goût du saké, dernier film

Si vous aimez les films de Ozu, je vous invite aussi à lire ses carnets :

https://laboutique.carlottafilms.com/products/yasujiro-ozu-carnets-1933-1963?srsltid=AfmBOoop_BEv3SQS5UjAJlpTqrjMEOZ1cVSU8RXUgnmXEwSIYG3KPnv0

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Menu
error: Content is protected !!