La carrière de ce cinéaste défie littéralement l’entendement par son nombre de films. Masahiro Makino est né le 29 février 1908 à Kyoto, il est le fils aîné de l’illustre Shōzō Makino considéré comme le tout premier grand réalisateur de l’histoire du cinéma japonais. Enfant, Masahiro grandit littéralement sur les plateaux de son père, qui ne l’autorise à aller à l’école que les jours de pluie, quand les tournages en extérieur sont impossibles. Masahiro fait son apprentissage comme figurant dans les films de son père. Il tourne dans plus de 170 films muets entre 1912 et 1928, souvent aux côtés de ses propres frères et sœurs.
Devenu l’assistant de son père, il passe à la réalisation dès 1926, à seulement 18 ans, et ne va plus jamais s’arrêter : jusqu’en 1972, il tourne plus de 260 films, ce qui fait de lui l’un des cinéastes les plus prolifiques de l’histoire du cinéma japonais et mondial.
Sommaire
- Pourquoi découvrir les films de Masahiro Makino ?
- Mon film préféré : Chant des tourtereaux
- Son film le plus connu : Le Quartier des rōnins (1928)
- Sa filmographie sélective
Pourquoi découvrir les films de Masahiro Makino ?

Héritier direct du patriarche fondateur du cinéma de studio japonais, Makino s’impose comme le grand spécialiste du film d’action populaire, et tout particulièrement du chanbara, dont il devient l’un des plus grands artisans du XXe siècle. Sa marque de fabrique : de longues et lentes histoires d’amour ou d’honneur qui viennent se superposer à des scènes d’action d’une rapidité et d’une chorégraphie stupéfiantes, dans un savant jeu de contrastes rythmiques qui a profondément marqué le genre. Ses héros, souvent des samouraïs ou des yakuzas solitaires, se donnent pour mission de venger des injustices sociales avec une gravité quasi sacrée.
Ce qui rend Makino si singulier, c’est aussi son incroyable capacité d’adaptation : touche-à-tout absolu, il passe sans effort apparent du film fantastique à l’opérette, de la comédie musicale à l’épopée historique, et traverse sans encombre les bouleversements les plus violents de l’histoire du cinéma japonais muet, parlant, propagande de guerre, reconstruction d’après-guerre en conservant toujours son sens inné du spectacle populaire. Son chef-d’œuvre de jeunesse, Rōnin-gai (Le Quartier des rōnins, 1928), tourné alors qu’il n’a que 20 ans, fait l’objet de plusieurs remakes, y compris par lui-même en 1957 signe de la place centrale que le film occupe dans son propre imaginaire créatif.
Découvrir Makino aujourd’hui, c’est donc plonger dans l’œuvre d’un véritable homme-studio, dont la prolificité extraordinaire témoigne à elle seule de l’histoire industrielle du cinéma japonais tout entier, du muet des années 1910 jusqu’aux années 1970.
Mon film préféré : Chants de tourtereaux (1939)

J’ai un vrai coup de cœur pour Oshidori utagassen (littéralement « Joute de chants des canards mandarins », traduit en France sous le titre Chants de tourtereaux), une comédie musicale en costume d’époque tournée par Makino en 1939 pour le studio Nikkatsu. L’histoire, simple et enlevée, suit un rōnin courtisé par plusieurs prétendantes dans un quartier populaire de l’époque d’Edo, sur fond de musique résolument occidentale, entre jazz et revue européenne, alors même que l’intrigue et les costumes restent, eux, pleinement ancrés dans le Japon féodal.
L’histoire : Otomi et Oharu courtisent toutes les deux Reizo, un ronin peu pressé de se marier. Mais le père d’Oharu se retrouve endetté auprès du seigneur local qui lui demande la main de sa fille en guise de dédommagement.
Ce qui rend ce film si précieux à mes yeux, c’est d’abord l’anecdote de son tournage : Makino l’aurait entièrement improvisé et bouclé en à peine deux semaines, pour combler un vide de planning après qu’un accès d’appendicite a immobilisé sa vedette Chiezō Kataoka en plein tournage d’un autre film. Le résultat est pourtant d’une fluidité et d’une inventivité rythmique stupéfiantes, popularisant au passage le jeune acteur-chanteur Dick Mine et confirmant le talent de comédien de Takashi Shimura, alors encore méconnu, qui deviendra plus tard l’un des visages familiers du cinéma de Kurosawa.
Mais ce qui me touche le plus, c’est le contexte dans lequel ce film a pu voir le jour : en 1939, un an à peine après l’entrée en vigueur de la très sévère loi sur le cinéma de 1939, qui plaçait la production sous contrôle étroit de l’État et de la police militaire, il subsistait encore, par un miracle de légèreté et d’inventivité, de la place pour une pure comédie musicale sans le moindre message patriotique. Chants de tourtereaux est aujourd’hui devenu l’un des films d’avant-guerre les plus régulièrement redécouverts au Japon, et reste un formidable témoignage du sens du rythme et du spectacle que Makino conservera tout au long de sa carrière.
Son film le plus connu : Le Quartier des rōnins (1928)
Le film qui reste aujourd’hui le plus célébré de Masahiro Makino, et considéré comme son chef-d’œuvre absolu, c’est Rōnin-gai (Le Quartier des rōnins), une trilogie tournée en 1928 alors que le cinéaste n’a que 20 ans. Le film suit une communauté de rōnins désœuvrés vivant dans un quartier pauvre d’Edo, confrontés à l’injustice sociale et contraints de se battre pour préserver leur dignité dans un monde qui les a rejetés.
L’exploit tient autant à la précocité du cinéaste, vingt ans à peine qu’à la maîtrise stupéfiante déjà déployée dans la mise en scène des scènes de combat, qui installent d’emblée Makino comme un chorégraphe d’action hors pair. Le film connaîtra plusieurs remakes au fil des décennies suivantes, y compris de la main même de Makino en 1957, preuve de l’attachement profond que le cinéaste porte à cette œuvre fondatrice tout au long de sa carrière.
Avec Le Quartier des rōnins, Masahiro Makino pose dès son plus jeune âge les bases d’un style qui va irriguer près d’un demi-siècle de cinéma de sabre japonais et affirme d’emblée qu’il ne sera pas seulement l’héritier de son père, mais un immense cinéaste à part
A noter que ce film Rōnin-gai a fait l’objet d’un remake réalisé par Kazuo Kuroki, sorti en 1990. Voici la bande annonce :
Sa filmographie sélective
Sur plus de 260 films tournés (270 selon les sources) en une carrière de près de cinquante ans, marqué par des oeuvres essentielles :
- 1926 : La Poupée aux yeux bleus (Aoi me no ningyō, premier film, à 18 ans)
- 1928-29 : Le Quartier des rōnins (Rōnin-gai, trilogie)
- 1938 : Un voyage de Yaji et Kita (Yajikita dōchūki)
- 1939 : Kesa et Morito (coréalisé avec Hiroshi Inagaki)
- 1939 : Les Vauriens d’Edo (Edo no akutarō)
- 1945 : Le Chant de la victoire (coréalisé avec Mizoguchi, Shimizu et Tasaka)
- 1957 : nouveau Rōnin-gai (remake de son propre film de 1928)
- 1972 : Junko se retire : La Grande Famille des cerisiers rouges du Kantō (son dernier film)