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Tai KATO – le cinéaste à la la sophistication incomparable

C’est un cinéaste dont l’histoire familiale se mêle intimement à celle du cinéma japonais classique : Tai Katō. Né Yasumichi Katō le 24 août 1916 à Kobe, il est le neveu, du côté maternel, du grand cinéaste Sadao Yamanaka, déjà présent dans cette série. Après avoir abandonné ses études techniques, il travaille un temps dans le commerce à Kyoto avant de rejoindre Tokyo puis d’entrer aux studios Daiei, où il devient assistant réalisateur de Daisuke Itō sur Ōshō (1948) puis d’Akira Kurosawa lui-même sur Rashōmon (1950). Après des débuts tardifs et difficiles, il réalise ses premiers films en 1951 pour une petite compagnie indépendante puis pour la Shintōhō, avant de s’installer durablement à la Tōei.

Sommaire


Pourquoi découvrir les films de Tai Katō ?

Katō occupe une place à part dans l’histoire du cinéma japonais de genre : à la Tōei, spécialisée dans le film de sabre puis dans le film de yakuza, il se forge, à l’instar d’un Seijun Suzuki à la Nikkatsu, un style visuel d’une originalité radicale au sein même du cinéma le plus populaire et commercial. Ses films, souvent bâtis sur des scénarios de Shin Hasegawa, l’homme qui avait défini quarante ans plus tôt les lois du jidai-geki, se distinguent par de longues scènes contemplatives ponctuées de brusques éclats d’action, une direction d’acteurs qui privilégie la beauté naturelle des visages à tout maquillage appuyé, et surtout par sa signature la plus célèbre : le plan en contre-plongée extrême qui fragmente le corps et la scène en une composition presque abstraite.

Cet héritage familial n’est pas anecdotique : Katō grandit fasciné par les jidai-geki de Daisuke Itō, contemporain et collaborateur de son oncle Sadao Yamanaka, avant de devenir lui-même l’un des grands artisans de l’évolution du chanbara vers le film de yakuza moderne, ce glissement historique du samouraï vers le hors-la-loi qui s’opère après l’interdiction du port du sabre en 1868. Katō contribue directement à la renaissance du chanbara après la levée de l’interdiction de l’occupation américaine sur les « valeurs féodales », avant de devenir dans les années 1960 le chef de file du film de yakuza classique à la Tōei.

Découvrir Katō aujourd’hui, c’est donc explorer l’œuvre d’un artisan de génie du cinéma populaire japonais, dont la sophistication visuelle continue d’être redécouverte par les cinéphiles du monde entier bien après sa mort, restée trop longtemps confinée aux salles obscures du cinéma de genre.


Mon film préféré : Le Sang de la vengeance (1965)

Mon film préféré de Katō est Le Sang de la vengeance, tourné en 1965 en plein âge d’or du film de yakuza à la Tōei. La Cinémathèque française rapproche d’ailleurs le style sobre et maîtrisé de ce film de celui de Howard Hawks ou de Jacques Becker, une comparaison rare pour un cinéaste de studio populaire japonais.

Ce qui me fascine dans ce film, c’est la manière dont Katō parvient à conjuguer les codes très commerciaux du film de genre avec une exigence esthétique et une gravité presque classique, refusant tout sensationnalisme gratuit pour privilégier une tension contenue et une élégance formelle constante. C’est un exemple parfait de la capacité de Katō à transcender les contraintes du cinéma de studio populaire pour livrer une œuvre d’une réelle ambition artistique.

L’histoire : En 1907, à l’heure des grands chantiers, Ōsaka est le théâtre des rivalités qui opposent les yakuzas, tiraillés entre codes d’honneur ancestraux et capitalisme naissant. Classique de la Toei, le premier film de genre ninkyo (yakuza chevaleresque) de Tai Katō atteint une perfection formelle unique : cadres à couper le souffle, couleurs éclatantes et personnages habités composent une histoire intemporelle d’honneur, de désir et de vengeance. Un récit captivant aux multiples facettes, où coups de lames et bains de sang se mêlent aux larmes d’un mélo flamboyant.

La bande-annonce :


Son film le plus connu : Requiem pour un massacre (1968)

Face à une vague de viols et de meurtres brutaux, la police enquête sur les liens entre les victimes : cinq femmes possiblement impliquées dans le suicide d’un jeune garçon. Avec un voyeurisme cru qui se déploie dans la scène d’ouverture glaciale, Katō délaisse le film de yakuza pour un thriller à l’atmosphère oppressante, ancré dans la société japonaise des années 60. Derrière la beauté plastique d’un film tranchant, tout en contrastes noirs et blancs, Requiem pour un massacre offre une exploration implacable du crime et de la vengeance – véritable anatomie d’un tueur en série misogyne, qui en fait l’œuvre la plus ambiguë du cinéaste.

La bande-annonce :


Sa filmographie sélective

  • 1951 : premiers films pour Takara Production et la Shintōhō
  • 1956 : entrée à la Tōei
  • 1962 : Liens de sang (Mabuta no haha)
  • 1965 : Le Sang de la vengeance
  • 1968 : Requiem pour un massacre
  • plus de 40 films tournés entre 1951 et 1984, principalement dans les genres du chanbara et du yakuza eiga

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