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Yasuzō MASUMURA – Présentation du réalisateur japonais

Yasuzō Masumura. Né le 25 août 1924 à Kōfu, il abandonne des études de droit à l’université de Tokyo pour rejoindre les studios Daiei comme assistant réalisateur, avant de reprendre ses études, cette fois en philosophie, dont il sort diplômé en 1949. Une bourse le conduit ensuite en Italie, où il devient le tout premier Japonais admis au prestigieux Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome, se formant aux côtés d’Antonioni, Fellini et Visconti. De retour au Japon en 1953, il devient l’assistant de Kenji Mizoguchi et de Kon Ichikawa avant de réaliser son premier film, Les Baisers, en 1957. En trente ans de carrière, il tourne plus de 60 films, jusqu’à sa mort le 23 novembre 1986.

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Pourquoi découvrir les films de Yasuzō Masumura ?

Masumura occupe une place tout à fait singulière dans l’histoire du cinéma japonais : contemporain d’Ōshima et Imamura, il est souvent considéré comme un précurseur de la Nouvelle Vague japonaise, mais sans jamais en épouser la posture de rupture radicale avec le système de studio. Contrairement à Ōshima, qui claque la porte de la Shōchiku pour un cinéma indépendant et militant, Masumura choisit de réformer le système de l’intérieur, restant fidèle toute sa carrière à la Daiei tout en y imposant un style d’une sensualité et d’une radicalité thématique inédites.

Son œuvre entière est traversée par une conviction farouche : la culture collectiviste japonaise, l’assujettissement au groupe et l’endoctrinement militariste constituent des carcans dont seul l’amour, envisagé comme force individualisante et parfois destructrice, permet de s’affranchir. Chez Masumura, ce sont systématiquement les femmes qui incarnent cette énergie vitale et transgressive, allant jusqu’au bout de leurs désirs quand les hommes se contentent de se soumettre à l’harmonie du groupe. Cette vision, qui lui vaut aujourd’hui d’être qualifié de féministe avant l’heure par de nombreux critiques, s’exprime avec une force graphique et un sentimentalisme exacerbé qui n’a pourtant rien à envier à l’exubérance formelle d’un Seijun Suzuki.


Son film choc : La Bête aveugle (1969)

La Bête aveugle - Film 1969 - AlloCiné

Mon film préféré de Masumura est Mōjū (La Bête aveugle), adapté d’un roman du maître du mystère Edogawa Ranpo. Le film suit une jeune mannequin séquestrée par un sculpteur aveugle obsédé par la représentation tactile du corps féminin, dans un atelier entièrement recouvert de sculptures anatomiques géantes où le couple va peu à peu glisser vers une relation de plus en plus extrême.

Ce qui me fascine dans ce film, c’est la manière dont Masumura pousse jusqu’à son point de rupture absolu son exploration du désir comme force à la fois libératrice et destructrice, dans un huis clos d’une stylisation visuelle stupéfiante. C’est un film qui frôle constamment les limites du soutenable, sans jamais perdre la cohérence thématique qui traverse toute son œuvre : celle d’une passion charnelle qui, seule, permet d’échapper aux carcans sociaux les plus étouffants.

L’histoire : Un sculpteur aveugle enlève et séquestre dans son atelier un modèle pour la soumettre à l’empire des sens afin qu’elle devienne une statue idéale. Comprenant après plusieurs vaines tentatives qu’elle ne pourra fuir ce cauchemar, la victime est peu à peu attendrie et envoûtée par son bourreau…

La bande-annonce :

https://mubi.com/fr/films/blind-beast/trailer


Son film le plus connu : Tatouage (1966)

Le film qui reste aujourd’hui le plus emblématique de Yasuzō Masumura en dehors du Japon est Irezumi (Tatouage), sorti en 1966, adapté d’une nouvelle de Jun’ichirō Tanizaki et scénarisé par Kaneto Shindō. Le film suit Otsuya, jeune femme qui fuit sa famille pour vivre son amour avec un simple commis, avant d’être trahie, vendue à une maison de geishas et marquée dans le dos par un tatoueur d’une immense araignée qui semble littéralement s’emparer de son âme, réveillant en elle une soif de vengeance implacable envers tous les hommes qui croiseront désormais sa route.

Porté par une Ayako Wakao à la fois sensuelle et redoutable, le film est unanimement salué comme l’une des œuvres les plus abouties du cinéaste sur le thème de la femme fatale et de l’émancipation par la vengeance. Le critique britannique Tony Rayns résume parfaitement la vision de Masumura sur les rapports entre les sexes : le cinéaste considérait les hommes comme fondamentalement veules et inefficaces, et les femmes japonaises comme des êtres de pouvoir et de compétence qui méritaient une confiance en elles-mêmes trop rarement reconnue par la société. Le film est aujourd’hui régulièrement qualifié de thriller proto-féministe, salué pour sa beauté plastique, la sensualité assumée de ses cadrages et l’intensité de son actrice principale.

Avec Tatouage, Yasuzō Masumura livre l’une des illustrations les plus radicales et les plus abouties de son obsession pour des personnages féminins qui transforment leur souffrance en une force de destruction et de libération, un thème qu’il ne cessera plus jamais d’explorer jusqu’à la fin de sa carrière.

L’histoire : La jeune Otsuya et son amant Shinsuke, fuient la maison familiale pour vivre leur amour et trouvent refuge chez Gonji, un escroc qui se prétend être leur ami mais il les trahi. Il vend la jeune fille au tenancier d’une maison de geishas qui fait tatouer sur le dos d’Otsuya une araignée à tête humaine dans le but de briser sa volonté. Le contraire se produit et le tatouage métamorphose Otsuya. Elle devient une geisha sans scrupule et extermine les hommes qui ont fait son malheur. Manipulatrice et sanguinaire, elle semble possédée par l’araignée gravée sur sa peau.

La bande-annonce :


Sa filmographie sélective

  • 1957 : Les Baisers (Kuchizuke), premier film
  • 1958 : Le Géant et les Jouets, premier film en couleur
  • 1962 : La Vie d’une femme (Onna no isshō)
  • 1964 : Passion (Kuroi Junsui)
  • 1965 : La Femme de Seisaku
  • 1966 : Tatouage (Irezumi)
  • 1966 : L’Ange rouge (Akai Tenshi)
  • 1969 : La Bête aveugle (Mōjū)
  • 1967 : Le Deuxième Sexe

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