La chance sourit à madame Nikuko – Film d’animation Ayumu Watanabe

L’Œuvre originale de Kanako Nishi, auteure et lauréate du 152e prix Naoki avec le roman Saraba ! La chance sourit à Madame Nikuko s’est vendu à plus de 350000 exemplaires.

L’adaptation en film d’animation est sortie le 8 juin 2022 en France. Ce film  réunit la fine fleur de l’animation japonaise. Avec DORAEMON ET NOBITA : LE DINOSAURE (2006) et LES ENFANTS DE LA MER (2019), le réalisateur Ayumu Watanabe a déjà travaillé sur des œuvres appréciées et magnifiques. Il porte toujours un regard doux sur ses personnages. Le directeur de l’animation, Kenichi Konishi, ancien élève du Studio Ghibli, a quant à lui travaillé sur LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA (2013) et LES ENFANTS DE LA MER (2019). Au scénario, Satomi Ôshima, notamment auteure de Nagi no o-itoma, adaptation télé d’un célèbre manga. La production a été confiée au Studio 4°C (AMER BETON, MIND GAME, LES ENFANTS DE LA MER, …).

La chance sourit à Madame Nikuko est une comédie réconfortante qui fera rire, pleurer et apportera du courage à toutes celles et ceux qui suivront les aventures de cette mère et de sa fille adorables et pleines de vie.

L’histoire du film :

Nikuko est une mère célibataire bien en chair et fière de l’être, tout en désir et joie de vivre – un véritable outrage à la culture patriarcale japonaise ! Elle aime bien manger, plaisanter, et a un faible pour des hommes qui n’en valent pas toujours la peine. Après avoir ballotté sa fille Kikurin la moitié de sa vie, elle s’installe dans un petit village de pêcheurs et trouve un travail dans un restaurant traditionnel. Kikurin ne veut pas ressembler à sa mère et ses relations avec Nikuko ne sont pas toujours simples. Jusqu’au jour où ressurgit un secret du passé.

Distributeur : EUROZOOOM

Le roman a été écrit suite au voyage de Kanako Nishi dans les ports de pêche d’Ishinomaki et d’Onagawa, dans la préfecture de Miyagi (au nord du Japon).

Plus tard, lorsqu’Ayumu Watanabe et son équipe sont partis en repérage, il était devenu difficile d’accéder à la zone où le film était supposé se dérouler, suite au passage du tsunami de 2011. Ils se sont donc rendus du côté des villes portuaires de la côte Pacifique et de la côte de la mer du Japon, dans la préfecture d’Aomori. Ils ont ainsi pu créer de toutes pièces une ville originale en mélangeant les décors de plusieurs ports de pêche. Shinji Kimura, le directeur artistique du film, s’est aussi beaucoup inspiré du film LE CHOCOLAT (2000) de Lasse Hallströme qui se déroule dans un petit village français.

Ce film raconte l’histoire d’une mère et de sa fille qui arrivent dans un village qu’elles ne connaissent pas, en terre inconnue, pour y ouvrir une chocolaterie. L’atmosphère et les couleurs du village sont merveilleuses.

J’ai voulu transmettre à mon tour dans LA CHANCE SOURIT À MADAME NIKUKO ces paysages de campagne attendrissants et réconfortants à la fois. » Il y a également une scène inspirée de MON VOISIN TOTORO (1988) : « celle où Nikuko et Kikurin se tiennent l’une à côté de l’autre à l’arrêt de bus. Il s’agit de la scène de l’arrêt de bus de Totoro que j’ai moi-même dessinée il y a plus de 30 ans. C’était un petit moment de nostalgie qui m’a rendu heureux. »

La scène où Nikuko et Kikurin font du pain perdu au petit-déjeuner comme à leur habitude est un hommage à la scène touchante du film KRAMER CONTRE KRAMER de Robert Benton (1979) où le père, joué par Dustin Hoffman, et son fils font aussi du pain perdu. Ayumu Watanabe s’explique : « Quand j’ai présenté cette scène à Sanma Akashiya, il était étonné et m’a dit qu’il ignorait que j’aimais KRAMER CONTRE KRAMER. Je lui ai alors appris que le pain perdu était en fait une recette que Miu avait enseignée à Nikuko, et il était ravi (rires) ».

Date de sortie du COFFRET DVD/BLU RAY : Novembre 2022

Lien pour précommander le coffret du film

LA BANDE ANNONCE

INTERVIEW du réalisateur Ayumu Watanabe

Qu’est-ce qui vous a donné envie de porter le roman de Kanako Nishi à l’écran ?

C’est Mr. Sanma Akashiya, le producteur du film, qui en a d’abord eu l’idée. Lorsqu’on m’a proposé le film, je me suis plongé dans le roman et j’ai littéralement été absorbé par cette histoire chaleureuse. Puis je me suis dit qu’en faire un film permettrait de transmettre toute la délicatesse et la subtilité du roman à un plus grand nombre de personnes. Il est rare de voir des personnages féminins petits, gros, ou âgés tenir le premier rôle d’un long métrage d’animation japonais. Nikuko cumule les trois catégories !

Comment se sont passées les recherches graphiques ?

Je pense que c’est la première fois qu’un personnage autant hors normes tient le premier rôle dans un film d’animation japonais. Si le spectateur se contente d’observer la plastique de Nikuko, cela peut en effet rendre le film moins attirant. Mais il y a un sens important à cela.

Où se trouve la véritable valeur d’une personne ? Où se cache le véritable amour ?

C’est ça que nous apprend Nikuko. Et si au début du film, il y a des chances que vous railliez son physique, je suis sûr qu’à la fin vous l’aimerez profondément. Kikurin est très mature malgré ses 11 ans, alors que Nikuko conserve une exubérance presque enfantine.

Comment avez-vous travaillé sur ce contraste ? Quelles astuces avez-vous développées pour montrer l’aspect extraverti de Nikuko ?

Il suffit à Nikuko de vivre au jour le jour pour être heureuse. Comme elle n’a jamais pu imaginer que certains humains pouvaient être malveillants, elle n’a cessé de se faire avoir et de subir des échecs. Sa fille, Kikurin, observe sa mère évoluer depuis qu’elle est petite et a donc naturellement développé un sentiment d’inquiétude et de vigilance par rapport au monde qui l’entoure. Kikurin est toujours en train d’observer attentivement le visage des autres, de guetter leurs réactions, un peu comme si elle agissait en contrepoint de sa mère, qui elle s’ouvre aux étrangers avec une trop grande spontanéité. Le film est une ode à la nourriture.

Comment avez-vous sélectionné les plats à représenter ? Est-ce que vous avez connu des fringales en travaillant sur ces plans ? Avez- vous travaillé avec un chef ?

Nikuko adore manger. À ses yeux, il s’agit de l’acte vital le plus important qui soit. Mais comme elle travaille tous les jours, elle a tendance à privilégier les bons petits plats faciles à préparer. La cuisine occupe d’ailleurs une place primordiale dans la construction du lien qui unit la mère et la fille. On voit qu’elles s’y connaissent quand elles préparent le petit-déjeuner toutes les deux, on voit à leurs gestes qu’elles font ça depuis longtemps, et on devine que Nikuko n’a eu de cesse de prêcher la bonne parole culinaire à sa fille, quitte à y passer beaucoup de temps. Les plats qui apparaissent dans le film sont tous des plats que les différents animateurs ont cuisinés et goûtés eux-mêmes. Il y a en a aussi certains qui existaient déjà dans le roman. Concernant la viande, qui est tout particulièrement importante pour Nikuko, nous avons demandé à un chef cuisinier de nous faire une démonstration de la façon de débiter un morceau de viande. Nous avons aussi utilisé la scène du pain perdu du film KRAMER CONTRE KRAMER de Robert Benton pour illustrer le lien mère/fille. D’autant plus que Sanma Akashiya, le producteur du film, adore ce film. De mon côté, j’ignore si ce qu’on appelle au Japon « french toast » est véritablement consommé en France, mais une chose est sûre, mon coeur lui est toujours en France ! Ah oui, un conseil : essayez donc de préparer les « meat spaghetti » de Kikurin, vous ne le regretterez pas !

Où avez-vous effectué vos repérages pour le port de pêche où vivent Nikuko et Kikurin ? Dans la région de Hokuriku, comme dans le livre ?

Plusieurs villages de pêcheurs qui auraient servi de modèle sont cités dans la postface du roman, mais nous avons préféré ne pas nous limiter à un seul d’entre eux et tenté d’en imaginer un autre. La première raison est qu’un paysage que l’on peut à la fois retrouver partout et nulle part offre à chaque spectateur la liberté d’imaginer le lieu de son choix. La seconde raison provient du fait que le roman décrivant une période qui précède le tsunami de 2011, et que les lieux qui avaient servi de modèle ayant disparu, nous avons préféré éviter de reproduire ces paysages dans le film. Voilà pourquoi, plutôt que la reproduction fidèle, nous avons choisi la construction imaginaire des zones touchées par la catastrophe. Toutefois, comme nous souhaitions quand même que transparaisse l’ambiance des ports du nord du Japon, nous nous sommes déplacés une fois sur place. Seulement, à cause d’une erreur de la production qui s’est trompée de destination, nous nous sommes retrouvés tout au nord, à Aomori. Arrivés un peu trop au nord, notre imagination a été mise à rude épreuve.

Il y a un côté très cartoon dans votre film, à plusieurs reprises, qu’il s’agisse des mimiques de Nikuko ou des concours de grimaces de Kikurin, durant lesquelles vous brisez parfois le 4e mur. Pourquoi une telle démarche ?

Je voulais utiliser au maximum la liberté que procure l’animation et m’affranchir du cadre classique imposé aux dessins. Car je pense que ce sentiment de liberté permet de surmonter le tragique du contenu grâce au charme des personnages. De plus, comme Nikuko est la personne la plus bienveillante et accueillante qui soit, elle entraîne en permanence le spectateur avec elle. Mon objectif était que ce dernier bascule de l’étape « un personnage comme elle, ça n’existe pas » à l’étape « j’aimerais bien qu’elle existe ». Il s’agit d’un film qui invite à l’espoir d’exister plutôt qu’un film qui parle de l’existence.

Pourquoi avoir glissé plusieurs clins d’œil à Totoro ?

Parce que le producteur et moi-même sommes des grands fans de Ghibli… Blague à part, nous étions en train de réaliser des dessins préliminaires pour une scène descriptive tirée du roman et à la vue de ces dessins, le lien avec Ghibli nous a sauté aux yeux. Dans la scène de l’arrêt de bus devant le sanctuaire : j’ai essayé de rendre un peu plus familiers les éléments de fantaisie propres à Nikuko en les plaçant sous le signe du déjà-vu. Dans la scène du réveil, au début : je souhaitais qu’un ou deux spectateurs dans la salle étouffent un petit rire en remarquant la référence, rien de plus… La séquence du flash-back, en fin de film, modifie toute la perception que les spectateurs avaient eue de l’histoire.

Comment l’avez-vous développée à la fois sur le plan scénaristique, et sur le plan de la mise en scène ?

Le but était d’éviter une conclusion trop classique et de créer quelque chose de nouveau qui aurait l’effet contradictoire d’offrir au spectateur le plaisir d’en apprendre plus grâce à des détails habilement dissimulés, tout en permettant l’assimilation progressive de ce choc de la révélation. Chacun de ces détails semble posé là de manière inopportune, mais ils forment un tout qui donne un rythme particulier au récit. À travers tout ça, je voulais dépeindre l’héritage inconscient entre parents et enfants qui se cache dans les actes du quotidien. En assemblant les unes aux autres ces petites choses auxquelles on ne prête en temps normal que peu attention, le film choisit de s’approcher au plus près de la réalité de cette relation. Quant à moi, j’ai fait le choix de traiter le quotidien de ces deux femmes de manière complexe, car je tenais à sortir des sentiers battus de l’animation. En présentant petit à petit les éléments jusqu’au dévoilement final du secret, je teste la patience du spectateur. Il est difficile d’être une mère célibataire au Japon aujourd’hui.

Souhaitiez-vous encourager ces mères à travers votre film ?

La façon que Nikuko a de voir la vie est tout ce qu’il y a de plus simple. « Tant qu’on est vivant, il y a de l’espoir », « je remercie la vie d’être en vie » sont des mantras qui peuvent permettre d’éclairer en partie la complexité du bonheur. Je ne pense pas que Nikuko ait elle-même conscience qu’elle est une mère célibataire, elle se contente seulement d’élever sa fille au jour le jour. J’ignore si ce que réalise Nikuko le plus naturellement du monde pourra encourager des mères seules, mais je pense que le bonheur immense que lui procure le fait de se lever chaque matin et de profiter de chaque journée pourra peutêtre inviter certaines personnes à faire de même.

Qu’est-ce qui est le plus important dans la vie ?

Si ce film permet au moins de se poser la question, alors j’aurai gagné mon pari. Dans la version originale, Cocomi (top model et flûtiste japonaise) double Kikurin. 

C’était son premier rôle. Comment s’est passée votre collaboration ? 

Sachez tout d’abord que j’ai été conquis par le timbre de sa voix. L’instabilité encore prégnante de sa voix la rendait plus jeune que son âge réel, et elle possédait cette vibration des cordes vocales qui exprime parfaitement le bouleversement émotionnel des jeunes filles tel que je le recherchais. Il a suffi qu’elle prononce quelques paroles pour que je sache qu’elle était Kikurin. J’ai remercié le destin de m’offrir une rencontre pareille. Elle jouait aussi à merveille, sans surinterpréter son personnage, et s’est entraînée d’arrache-pied, le micro à la main, pour arriver à ce résultat. J’ai senti qu’elle possédait le don de réaliser des efforts constants et continus, ce qui est en soi une chose très difficile à faire. Elle possède aussi une formidable capacité d’appliquer rapidement ce qu’elle apprend, ce qui nous a tous laissés bouche bée à de multiples reprises. Ah oui, elle sait aussi jouer de la flûte, l’instrument qui accompagne une partie des musiques du film ! Elle produit un très beau son ! Et est très expressive ! Personnellement, je ne connais aucun autre comédien de doublage capable de jouer ces scènes et de jouer d’un instrument en même temps. Très bien ! (en français dans le texte) Je n’ai pas d’autres mots. Je vous laisse vérifier par vous-mêmes si ce que je dis est vrai. Mais j’espère que vous serez les témoins de l’éclosion d’un nouveau talent !

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