Critique du film « Le mal n’existe pas » – Ryusuke Hamaguchi

« Le mal n’existe pas » est un film japonais sorti au cinéma en France le 10 avril 2024. Il est réalisé par Ruysuke Hamaguchi.

Voici les 3 raisons pour les lesquelles j’ai apprécié et je vous conseille de voir ce film au cinéma.

En d’avant propos, je veux souligner cette magnifique affiche qui donne le ton du film. Pleine de sens et de nuances. Vous pouvez l’apprécier mais vous ne pouvez  pleinement l’interpréter qu’après avoir vu le film.

1) L’histoire de la nature (humaine) :Critique du film "Le mal n'existe pas" - Ryusuke Hamaguchi

Sans détour, cette histoire nous confronte à des questions sur notre rapport à la nature. Plus précisément de la coexistence des hommes dans l’environnement. La scène d’ouverture montre des arbres qui défilent, établissant d’abord un lien entre le spectateur et la nature avant de passer aux personnes. Ce plan résonne en miroir avec un autre à la fin du film.

L’histoire se déroule dans un village de la campagne japonaise. Plus précisément (dans la réalité) celui des montagnes de Yatsugatake situées entre Yamanashi et Nagano. Takumi et sa fille Hana mènent une vie simple et paisible. Il vivent en harmonie avec leur environnement qu’ils explorent au quotidien.

La tonalité de vie paisible et d’harmonie change le jour ou deux représentants d’une société venu de Tokyo dans le but d’implanter un projet de « glamping ».  Il s’agit de la contraction de « glamour » et de « camping » qui dans le parc naturel va bouleverser l’équilibre du village et affecter profondément Takumi et les autres habitants.

Celle des dommages causés par l’activité humaine sur son environnement (à le débat sur l’emplacement de la fosse septique) , la résistance de la campagne à l’outsider (celui qui vient d’ailleurs et qui veut imposer sa volonté en jouant sur la crédulité et appâtant par l’argent).

Le conflit entre les villageois attachés à leur mode de vie traditionnel et les entrepreneurs avides de développement avant tout pour l’argent mais qui s’enferment dans leur contradiction. A travers l’introspection des personnages, c’est aussi la nature humaine que ce film nous questionne clairement ?

Une de ses qualités est sa créativité ou plutôt dirais  son ambition, car ce film ne plaira pas à tout le monde en raison de son rythme et des questions qu’il laisse sans réponses.

2) La voie/voix portée des personnages :Critique du film "Le mal n'existe pas" - Ryusuke Hamaguchi

Je pense que le casting est parfait. Pourtant Hamaguchi a révélé qu’il s’est fait au fur et à mesure et donc que tout n’était pas préparé.

Hitoshi Omika interprète le rôle de Takumi. Il faut savoir que cet acteur a d’abord principalement travaillé comme assistant à la réalisation, sur Dans un jardin qu’on dirait éternel de Tatsushi Ōmori. Ryo Nishikawa qui joue le rôle de sa fille Hana. Le mal n’existe pas est son premier film.

Takumi incarne la bienveillance pour la nature dont il est expert mais aussi pour les habitants de son village, puisqu’il se décrit comme « homme à tout faire ». On  voit que toutes leurs relations humaines reposent sur la confiance et c’est cette équilibre que le « promoteurs » vont rompre. J’ai aimé aussi lorsque le film montre la détermination de Takumi face aux représentants du projet de « glamping ». Elle va évoluer mais jusqu’à ou ?

Critique du film "Le mal n'existe pas" - Ryusuke Hamaguchi

Un scène centrale est celle dans la salle lors de la première réunion du présentation du projet aux habitants; Hamaguchi revient ici à l’essence des films, pour moi le mieux, une plongé dans l’intimité des sentiments à travers les dialogues qui sont très bien écrits.

Mais aussi aux voix des habitant du village qui résonne de manière très forte pour marquer leur divergence par rapport au projet. A travers leurs voix, on rejoint leur vision.

Ce film ne contient pas beaucoup de dialogue mais ils sonnent tous juste et soulignent les sentiments contrariés des personnages. Comme un lien avec leur racines, la forêt, l’eau, « un équilibre »  (comme l’affirme Takumi) fragile qu’ils ou elles tentent de conserver. Je trouve cette dimension très belle et authentique.

On retrouve cette même intimité et sincérité dans la scène de la voiture, aussi plein de faux semblant pour livrer une vérité qui nous veuille de la plus belle des manière. Et les association de plans sont magnifiques.

Vous verrez aussi à travers ce film à quel point « coupez du bois » prend tout son sens et peut vite devenir un exutoire, en forme de libération (en réponse à l’aliénation de la pression du travail). C’est tout le génie de R.Hamaguchi !

3) Une démarche créative inédite pour le réalisateur :Venice 2023: Evil Does Not Exist director on movie's title and the problem with 'urbanites coming into nature' | South China Morning Post

Pour ce film, il a décidé d’une nouvelle approche par rapport à ses films précédents. Il a collaboré étroitement avec Eiko Ishibashi qui est auteure, compositrice, interprète d’une quinzaine d’albums réputés, ainsi que de musiques pour le cinéma, la télévision, le théâtre ou des expositions.

A l’origine, les images de la nature que l’on voit à plusieurs reprises dans le film ont été tourné pour illustrer un projet de concert live « intitulé Gift ». Puis est venue l’idée de développer un film de fiction « Le Mal n’existe pas », en intégrant ces images.

Le point commun entre ces deux projets, c’est de réinventer les rapports entre le son, l’image et l’histoire. Une des qualité du film est qu’ils s’inspirent et respirent mutuellement et mettent en lumière l’histoire. À travers des paysages sublimes (la plans du lac évidement) et une narration contemplative et envoutante.

La musique envoûtante d’Eiko Ishibashi ajoute une dimension supplémentaire, renforçant l’atmosphère les émotions tout au long du film. Vous verrez qu’elle s’interrompt parfois subitement ce qui est assez surprenant. Vous verrez il y a une véritable dimension mystique qui plane sur tout le film.

Le réalisateur japonais m’a surpris avec ce film et confirme sa capacité à observer minutieusement non seulement les relations humaines mais aussi la nature, comment ils cohabitent et se répondent. Cette nature, il la rend omniprésente. Il filme pendant plusieurs minutes des habitants qui récupèrent de l’eau à la rivière, qui coupent du bois. On revient plusieurs fois au même endroit, on découvre les même plans mais avec une lumière différente. Mais aussi l’évolution de leurs sentiments vers plus de lumière ou une part plus sombre comme le montre la fin du film. Il s’est laiss » une grande liberté et créativité.

La scène finale est inattendue. Elle pourra vous laisser « bouche bée » ou perpexle mais certainement pas indifférent. Elle interpelle par son symbolisme. Elle ouvre la voie à une réflexion plus profonde sur les choix moraux et les conséquences de nos actions.

Le mal n'existe pas" de Ryusuke Hamaguchi, sortie en salle le 10 avril 2024

Le Mal n'existe pas Bande-annonce VO de Le Mal n'existe pas au Cinéma Lyon - Comoedia

Conclusion (et partie avec Spoiler) :

J’ai beaucoup aimé ce film. Par ses qualités d’images, de lumière, de compositions et d’interprétation. Mais je pense aussi qu’il peut diviser. Comme « Contes du hasard et autres fantaisies » que la majorité de mon entourage n’a pas apprécié (alors que j’adore ce film). Donc je ne vous doute aucun conseil si ce n’est de vous faire votre propre opinion.

Sur le fond, ce que j’aime aussi c’est que l’on peut analyser « Le Mal n’existe pas ». Comme une fable écologique oui. Mais pour moi pas seulement.  Je crois que ce film met  surtout en valeur les rapports entre l’homme et la nature, comme conséquence de leur condition respective.

Cette fin ouverte, ces images et questions laissées sans réponses, laisse place à une interprétation  personnelle. D’abord souligner que ce n’est pas de l’étranger dont on veut se préserver mais bien un environnement qu’on veut protéger.

Et voici mes interprétations de la fin ouverte (attention spoiler). C’est totalement subjectif.

Si Hana est morte, elle l’est déjà à l’arrivée de Takumi et Takahashi, tuée par le cerf blessé. Takahashi se rue vers elle. Takumi de rage tente de le tuer car il représente tout ce qu’il déteste.

Si Hana est blessée, mais bien vivante, son père la ramène au village pour la soigner. Il ne pense pas aux conséquences de son acte qu’il assume totalement. Takahashi (Ryûji Kosaka) n’est pas mort non plus mais il a pris une bonne leçon. S’il retrouve le chemin pour quitter son travail et partir loin, à Hokkaidō pour couper du bois.

Un point sur lequel je m’interroge encore. La mère de Hana. On voit à deux reprises dans le film Takumi qui se rend compte qu’il doit aller récupérer sa fille quand il entend le coup de feu des chasseurs. Puis il arrive en retard. A chaque fois il se touche la tête comme prise de conscience. Est ce que sa femme n’aurait pas eu un accident, victime d’un chasseur.

m-appeal | EVIL DOES NOT EXIST

La bande annonce :

 

https://japoncinema.com/les-films-japonais-a-voir-au-cinema-en-2024/

https://www.youtube.com/channel/UCeLmCGO5ksnjMM5MLrhCEDw

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