C’est un cinéaste dont le nom même a longtemps prêté à confusion : Hideo Suzuki. Né le 10 mai 1916 à Gamagōri, il ne doit pas être confondu avec son homonyme bien plus célèbre, Seijun Suzuki Mais aussi avec notre cher ambassadeur qui représente le Japon en France.
Hideo Suzuki, lui, mène une carrière plus discrète mais tout aussi digne d’intérêt à la Tōhō, où il tourne une trentaine de films entre 1947 et sa mort le 2 mai 2002, souvent en tant que scénariste de ses propres œuvres.
Sommaire
- Pourquoi découvrir les films de Hideo Suzuki ?
- Mon film préféré : Kanryū (1961)
- Son film le plus connu : La Femme de là-bas (1962)
- Sa filmographie sélective
Pourquoi découvrir les films de Hideo Suzuki ?
Suzuki incarne cette catégorie de cinéastes de studio japonais dont le travail solide et sensible reste aujourd’hui largement éclipsé par des noms plus flamboyants de la même époque, à commencer par son propre homonyme. Spécialiste des comédies sur le monde du travail salarié japonais, comme sa série des Salary man Mejiro Sanpei à la fin des années 1950, il développe aussi un registre plus grave, notamment autour de la condition des femmes dans l’univers professionnel japonais, qu’il traite avec un réalisme sobre et une élégance formelle discrète.
Ce qui rend son cinéma particulièrement intéressant à redécouvrir aujourd’hui, c’est sa capacité à documenter, avec une lucidité rare pour l’époque, les rapports de pouvoir entre hommes et femmes au sein de l’entreprise japonaise, un thème dont la pertinence n’a paradoxalement guère faibli plus d’un demi-siècle après ses films. Cette dimension sociale, alliée à un savoir-faire formel discret mais assuré, mérite amplement d’être redécouverte au-delà de la seule confusion patronymique qui a trop longtemps desservi sa réputation.
Découvrir Hideo Suzuki aujourd’hui, c’est donc redonner sa juste place à un artisan de studio consciencieux, dont le regard sur le monde du travail japonais et la condition féminine mérite d’être dissocié, une bonne fois pour toutes, de l’ombre portée par son célèbre homonyme.
Mon film préféré : Kanryū (1961)

Mon film préféré de Hideo Suzuki est Kuroi gashū dainibu : Kanryū (Courant froid), tourné en 1961, l’un des épisodes de la série d’anthologie Kuroi gashū (Le Livre noir) adaptée de nouvelles à énigme sociale. Le film s’inscrit dans cette veine de drame réaliste et sobre où Suzuki excelle, loin des effets spectaculaires que son homonyme Seijun développait au même moment à la Nikkatsu.
Ce qui me plaît dans ce film, c’est justement cette sobriété assumée : Suzuki privilégie une mise en scène discrète, au service d’une intrigue et d’une tension psychologique qui n’ont pas besoin d’artifices visuels pour capter l’attention. C’est un cinéma de studio classique dans le meilleur sens du terme, qui témoigne du savoir-faire solide d’un artisan trop souvent oublié de l’histoire du cinéma japonais.
L’histoire : deux amis d’université, travaillant aujourd’hui pour la même banque, déchirés par la jalousie à cause de leurs positions et de leur vie amoureuse inéquitables.
Son film le plus connu : La Femme de là-bas (1962)

Le film qui reste aujourd’hui le plus souvent cité de Hideo Suzuki, notamment lors des rétrospectives consacrées à l’histoire insolite du cinéma japonais, est Sono basho ni onna arite (La Femme de là-bas), sorti en 1962. Le film suit une jeune employée d’une grande revue japonaise qui cherche à décrocher un contrat publicitaire avec une importante industrie pharmaceutique, tout en devant composer avec la concurrence déloyale d’un représentant d’un journal rival qui tente de débaucher son concepteur.
Le film séduit par son élégance formelle et la justesse de son regard sur les rapports hommes-femmes dans l’entreprise japonaise du début des années 1960, un sujet traité avec une sincérité qui garde, plus d’un demi-siècle plus tard, une résonance étonnamment actuelle. Suzuki y documente avec finesse la difficulté des femmes à faire reconnaître leur travail dans un environnement professionnel qui préfère systématiquement laisser les hommes s’attribuer les honneurs, même lorsque ce sont elles qui accomplissent l’essentiel des tâches.
Avec La Femme de là-bas, Hideo Suzuki livre un document social d’une justesse rare sur la condition des femmes actives dans le Japon du début des années 1960, une œuvre qui mérite amplement de sortir de l’ombre portée par la confusion avec son célèbre homonyme.
L’histoire : Une jeune employée d’une grande revue japonaise cherche à signer un contrat publicitaire avec une importante industrie pharmaceutique. Son chemin croise celui du représentant d’un journal rival qui se rapproche d’elle pour débaucher son concepteur.
Sa filmographie sélective
- 1947 : Futari de miru hoshi, premier film (également scénariste)
- 1960 : Salary man Mejiro Sanpei : Nyōbō no kao no maki
- 1960 : Salary man Mejiro Sanpei : Teishu no tameiki no maki
- 1961 : Kuroi gashū dainibu : Kanryū
- 1962 : La Femme de là-bas (Sono basho ni onna arite), également scénariste
- 1962 : Long Way to Okinawa (Ryoshū no miyako)
- 1968 : Kyūbi no kitsune to Tobimaru, coréalisé avec Yasuzō Masumura