C’est l’un des cinéastes les plus politiquement engagés de sa génération : Tadashi Imai. Né le 8 janvier 1912 à Tokyo, fils d’un moine bouddhiste, il étudie la politique et l’histoire à la prestigieuse université impériale de Tokyo, où il se rapproche de groupes communistes étudiants dans le contexte de montée du militarisme des années 1930. Il interrompt ses études pour entrer au studio Jenkins-Osawa de Kyoto, où il devient l’assistant de Tamizō Ishida puis de Nobuo Nakagawa, avant de réaliser son premier film en 1937. Issu de la même génération qu’Akira Kurosawa, avec qui il partage ses débuts d’assistant réalisateur à la Tōhō, Imai tourne 48 films entre 1939 et 1991.
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Pourquoi découvrir les films de Tadashi Imai ?

Imai incarne, avec une constance rare, l’engagement politique de gauche dans le cinéma japonais classique. Contraint pendant la guerre de tourner des films de propagande pour la Tōhō, il retrouve dès 1945 sa liberté de conviction et rejoint le parti communiste japonais, signant des œuvres résolument pacifistes et démocratiques comme L’Ennemi du peuple (1946). Les purges anticommunistes consécutives aux grèves de 1947-1948 à la Tōhō le contraignent à quitter le studio pour devenir cinéaste indépendant, où il signe en 1951 Nous sommes vivants, que de nombreux critiques européens comparent au Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica.
Son style, que les historiens du cinéma qualifient de « réalisme sans larmes » (Nakanai Realism), refuse systématiquement le sentimentalisme facile pour confronter le spectateur à une crudité frontale des injustices sociales, sans sentimentalisme. Cette approche culmine dans des œuvres bouleversantes comme La Tour des lys (1953), sur le sort tragique de jeunes infirmières okinawaïennes pendant la bataille d’Okinawa, ou Un amour pur (1957), sur une adolescente irradiée par la bombe atomique. En 1963, son film historique Contes cruels du Bushidō, qui dénonce sur sept siècles la barbarie du code samouraï envers les plus faibles, lui vaut l’Ours d’or au festival de Berlin.
Découvrir Imai aujourd’hui, c’est donc explorer l’œuvre d’un cinéaste dont l’engagement politique sincère et la rigueur formelle sans concession ont contribué à porter à l’écran certaines des injustices les plus tues du Japon du XXe siècle.
Mon film préféré : Kiku et Isamu (1959)

Le film qui reste aujourd’hui l’un des plus marquants de Tadashi Imai est Kiku to Isamu (Kiku et Isamu), sorti en 1959. Le film suit deux enfants métis, nés d’une mère japonaise et d’un soldat afro-américain de l’armée d’occupation, élevés par leur grand-mère dans une ferme reculée de la préfecture de Fukushima, confrontés au rejet et aux moqueries d’une société japonaise encore peu préparée à la mixité raciale de l’après-guerre.
Ce film est considéré comme le tout premier du cinéma japonais à aborder frontalement la question des enfants métis afro-japonais et des relations interraciales, un sujet extrêmement sensible dans le Japon de la fin des années 1950. Salué par le magazine Kinema Junpō comme meilleur film japonais de l’année 1959 pour son approche humaniste et sans complaisance de l’exclusion sociale, il illustre parfaitement le refus obstiné d’Imai de tout pathos artificiel, préférant montrer la résilience et la dignité de ses jeunes protagonistes plutôt que de sombrer dans le misérabilisme.
Avec Kiku et Isamu, Tadashi Imai signe l’une des œuvres les plus courageuses de son temps sur une réalité sociale que le Japon de l’après-guerre peinait encore à regarder en face.
L’histoire : Kiku et Isamu vivent seuls avec leur grand mère. Ce sont les enfants d’un soldat afro américain qu’ils n’ont jamais connu.
La bande annonce :
Son film le plus connu : Contes cruels du Bushidō (1963)

Ours d’or au festival de Berlin 1963, Contes cruels du bushido s’écarte radicalement de la romantisation habituelle des samouraïs au cinéma. En utilisant des décors d’époque et des images parfois graphiques, le cinéaste Tadashi Imai (Ombres en plein jour) montre des combattants dénués de toute morale au sein d’une société aveuglée par sa propre violence. Brillamment interprété par Kinnosuke Nakamura qui endosse ici le rôle des chefs successifs d’une famille sur sept générations,
L’histoire : Iikura se rend en urgence à l’hôpital, au chevet de sa fiancée qui vient de faire une tentative de suicide. En rentrant chez lui, il découvre les écrits de ses ancêtres samouraïs, détaillant les atrocités endurées par eux depuis le XVIIe siècle au nom du code d’honneur du bushido. Cette caste de la noblesse militaire accomplissait des actes de violence sur ordre des seigneurs féodaux, mais ils souffraient encore plus de leur cruauté, souvent contraints au suicide rituel…
La bande annonce :
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Sa filmographie sélective
- 1939 : L’École militaire de Numazu, premier film
- 1946 : L’Ennemi du peuple (Minshu no teki)
- 1951 : Nous sommes vivants (Dokkoi ikiteru)
- 1953 : La Tour des lys (Himeyuri no tō)
- 1956 : Ombres en plein jour (Mahiru no ankoku)
- 1957 : Un amour pur (Jun’ai monogatari)
- 1959 : Kiku et Isamu (Kiku to Isamu)
- 1963 : Contes cruels du Bushidō (Bushidō zankoku monogatari), Ours d’or à Berlin
- 1969 : La Rivière sans pont (Hashi no nai kawa)
⚠️ Note pour Benjamin : certains critiques japonais de l’époque, dont Donald Richie et Joseph Anderson, jugeaient Imai « trop sérieux » et surestimé par la critique nationale — un point de vue à nuancer selon les sources, mais qui mérite d’être mentionné pour un traitement équilibré de sa réception critique.